2000 km au compteur !



La morsure du froid

2000 km au compteur !
L’hiver nous a joué un coup de Jarnac. Alors que nous le croyions vaincu par la douceur d’un printemps trop précoce, il s’est brutalement redressé lançant ses attaques glacées sur toute l’Espagne.
Le ciel est chargé de nuages sombres lorsque nous quittons Villard del Arzobispo, où nous avons passé la nuit. La température a chuté et ne dépasse guère les 3°c. Bien couverts, nous ne souffrons pas trop pourtant des morsures du froid. Les premiers kilomètres sont agréables. La petite route que nous empruntons descend doucement à travers un bois d’épineux avant de déboucher sur une étroite vallée encaissée. L’étroit serpent d’asphalte disparaît en direction de la rivière qui coule au pied des parois abruptes. En levant les yeux, on aperçoit le chemin qu’il emprunte ensuite. Un trajet aérien à flanc de montagne, fait de lacets et de zigzags. Nous montons sur le petit plateau à 6km/h pas plus. A chaque virage, nous espérons apercevoir le haut du col. En vain. La route tournicote toujours à l’horizon. Il nous faudra plus d’une heure pour atteindre le sommet. Nous nous laissons descendre dans une nouvelle vallée au fond de laquelle un vaste lac nous renvoie des reflets turquoises.
La route s’est encore rétrécit et chaque croisement avec une voiture me donne des sueurs froides. Heureusement, la circulation est presque inexistante. Sous nos roues défile un mauvais bitume, couvert de nids de poules. La montée qui suit est redoutable. La déclivité est telle que je suis contraint à chaque virage d’abandonner la corde. Ce nouveau col chauffe nos cuisses à blanc.

2000 km au compteur !
Le temps est indécis. Le soleil nous fait de l’œil et fini par disparaître totalement dans le troisième col. Nous essuyons une forte averse qui nous trempe jusqu’au os. Le vent lui aussi s’est levé et nous glace l’échine. La montée n’en finit plus. J’ai perdu la sensibilité de mes doigts et de mes pieds. Je ne peux plus freiner ni changer les vitesses. Et le pire est à venir. La pluie cesse pour laisser place à une averse de grêle. Des milliers de billes blanches viennent nous cingler le visage comme des poignées de gravier.
Après 56 km, nous arrivons à Requena. La météo semble avoir retrouvé la raison. Ce n’est que provisoire. Nous n’avons pas le temps d’avaler nos sandwiches devant le bâtiment principal de la garde civile, qu’une nouvelle averse s’abat sur nous. L’eau rapidement se transforme en neige. Nous levons le camp précipitamment. Je suis congelé. Je ne sens plus mes membres. Nous nous mettons en quête d’un hôtel bon marché. Je patiente dehors pendant qu’Adeline entre demander les prix. Un rictus déforme mon visage. De grosses larmes de douleur s’écoulent de mes yeux. Enfin nous trouvons un établissement qui nous convient. Parvenu dans la chambre, je suis incapable de me déshabiller. Je ne parviens plus à parler. Adeline me fait couler un bain chaud. Lorsque enfin je m’y plonge, je reçois de violentes décharges dans les extrémités. Après plusieurs minutes, le sang se remet à affluer. Je revis et m’endors au fond de la baignoire.


Chaleur humaine

2000 km au compteur !
Dimanche 8 février Yecla-Molina de Segura (74km)

Nous avons un objectif aujourd’hui : atteindre Molina de Segura dans les environs de Murcie. Un couple de professeurs enseignant au lycée français de la ville nous a contacté par internet et nous propose de nous héberger quelques jours. L’occasion de recharger les batteries avant de poser le pied en Afrique qui se profile à l’horizon.
Sur la carte, la distance estimée pour rejoindre notre but du jour est d’environ 75 km. Une broutille comparée aux 122 que nous avons parcourus la veille. A mi-distance pourtant, une ligne verte signale une portion fortement montagneuse. Nous partons prudemment. A huit kilomètres de Yecla, nous marquons une première pause afin d’immortaliser le passage de notre 2000e km. Le vent violent qui nous cingle le visage nous empêche de profiter pleinement de l’instant. Nous repartons rapidement poussés par les bourrasques.
La zone signalée en vert approche et pas de montagne à l’horizon. Au sommet d’un faux plat, une brèche creusée dans la terre ocre, nous ouvre soudainement les portes d’une vaste vallée dominée par des monts arides aux couleurs pistache. La côte que nous redoutions s’avère être une descente. Nous nous laissons glisser à plus de 70 à l’heure, prenant garde au vent qui circule en rafale entre les lacets.


2000 km au compteur !
A 13 heures, nous nous arrêtons pour manger sur un terrain couvert de ruches. Le repas est frugal. En Espagne, tous les magasins sont fermés le dimanche. Pas moyen de trouver une boulangerie. Nous nous endormons quelques instants à même le sol, chatouillés par les rayons du soleil qui fait son grand retour. A l’entrée de Molina de Segura, un « temple » moderne lui a été consacré : un champ immense de panneaux solaires géants.
C’est une charmante maison toute blanche devant laquelle pousse un citronnier couvert de fruits. Des chats vont et viennent entre les grilles du portail. Nos hôtes passent la journée à Alicante. Ils nous ont avertis qu’ils ne seraient pas de retour avant 21h. Nous nous asseyons sur le trottoir et patientons en rédigeant notre journal de bord. Le soleil vient de disparaître à l’horizon lorsqu’une voiture fait son entrée dans la rue déserte. Les deux femmes qui en sortent, viennent vers nous spontanément. Elles parlent un français impeccable. Ce sont la mère et la tante d’Olympia que nous attendons. Ni une, ni deux, elles nous invitent à monter dans leur voiture et nous ouvre les portes de leur maison située dans une rue voisine. Exilées sous Franco, nos deux âmes généreuses ont vécu 40 ans en France et en Algérie. Nous racontons notre petit mois d’aventure. Elles nous résument l’histoire de toute une vie, marquée par la guerre, les déménagements, leur retour sur leur terre natale. Sur la table, défilent des madeleines, des gâteaux aux pommes. On nous apporte même des petits pains chauds et de la charcuterie du terroir pour composer des sandwiches. Un délice. Je mange comme un ogre. Nous poursuivons notre conversation dans le salon devant une mousse et des amandes salées. Olympia a poussé la porte d’entrée. Nous n’avons pas vu le temps passer. Le soleil peut aller se coucher, la chaleur humaine est là pour le remplacer.

Lu 1031 fois




1.Posté par david le 09/02/2009 16:07
félicitation pour vos 2000km

et moi qui suis content d'avoir mes 500 km pour le mois de janvier ....

vous avez eu un peu de soleil et de chaleur , je vous envie car ici ...

alors c'est crevaison pas trop de souci ???

bonne continuation a tous les 2


david

2.Posté par Olivier Godin le 10/02/2009 00:37
Merci David pour ce message.
Nous avons solutionne le probleme des crevaisons. Le fond de jante de la roue arriere n'a pas supporte le poids des sacoches et s'est dechire a plusieurs endroits. Nous en avons fabrique un nouveau a l'aide d'une chambre a air usagee. Pour le moment, ca tient. On touche du bois.
Passe le bonjour a toute l'equipe

A bientot

Olivier
http://www.tandafrika.com

3.Posté par Morgan le 10/02/2009 04:25
Salut !

C'est vraiment un plaisir pour moi de suivre vos aventures, ça me rappel d'agréables souvenirs de mon propre voyage en vélo! Qu'est ce que j'ai pu maudire ces journées avec un vent de face a en décorner les boeufs, les entrées ou les sorties des grandes agglomérations sur des rocades au traffic incessant, la pluie battante qui fouette le visage ... Mais ce que je retiens de mon aventure, c'est la sensation de liberté offerte par ce mode de transport doux ( Pour l'environnement, pas forcement pour les fesses ni les mollets ! ), l'extase d'observer la nature environnante en haut d'une bonne montée, et par dessus toutes les rencontres réalisées! Même dans les coins les plus reculés, il y a eu toujours une personne pour venir discuter ou me proposer spontanément son aide !
En tous cas félicitation pour ce 2000ème kilomètre et courage a tous les 2 dans la suite de votre aventure !

Have a safe trip !

Morgan
http://www.bicycle-a-pedales.com

4.Posté par Philippe Duperray le 10/02/2009 12:05
Félicitations pour ces 2000 kms, nous vous suivons de loin et pensons bien à vous. Encore un effort et l'Afrique est là. Amicalement. Philippe

Nouveau commentaire :



 


L'incroyable voyage d'un moineau voyageur


Ecoutez-nous chaque samedi sur
Ecoutez-nous sur RVE

Ils nous soutiennent

Nos sponsors
Nos partenaires sur le web

e-Voyageur Itinérances : Annuaire des Voyages et des Activités de Plein Air Carnets de voyage : annuaire et concours Partagez vos Photos et Carnets de Voyage