A travers le Sahara
Nous savions en débutant notre périple que notre parcours serait semé d’embûches. Ces deux dernières semaines ont été employées à surmonter la première d’entre elles : 1500 km à travers les étendues arides du Sahara Occidental. Nous rêvions du désert, il n’a pas trahi nos espérances, nous réservant chaque jour notre lot de surprises bonnes ou mauvaises. Nous ne sortons pas indemnes de cette expérience d’une intensité rare. Physiquement, la route nous a usés. Moralement elle nous a poussés dans nos derniers retranchements. Et pourtant aujourd’hui, c’est la sérénité qu’on lit sur nos visages. Le Sahara a agit comme un tambour de machine à laver et nous recrache apaisés. Cette expérience a renforcé les liens qui nous unissent et nous a enrichi humainement. On croise peu de monde dans le désert mais chaque rencontre est un roman.
Voici depuis Nouadhibou, en Mauritanie, le récit de cette aventure hors du temps, au cœur d’un pays qui n’existe pas.
C’est un immense plaisir de vous retrouver. Nous avons vécu quinze jours intenses, j’espère trouver les mots pour vous les faire partager.
Comme d’habitude, vos commentaires sont les bienvenues.
Merci encore pour l’intérêt que vous portez à notre voyage. Durant ces deux dernières semaines, nos pensées ont souvent vogué vers vous.
Côté chiffres : 5700 km au compteur et plus de deux mois et demi à pédaler.
Voyage intérieur
La croyance populaire veut qu’avant son dernier souffle, on voie défiler sous ses yeux, le film de sa vie.
Voilà plus de deux heures sans doute que je n’ai pas ouvert la bouche. A la commissure de mes lèvres, la salive s’est transformée en une pâte blanchâtre et collante. La substance semble attirer les mouches. A un rythme régulier, elles tentent des attaques en piquet et bientôt mes mouvements répétés de mâchoire ne suffisent plus à les repousser. Le sable prisonnier de mes poils de barbe me démange mais j’ai renoncé à me gratter. Je pédale mécaniquement, les yeux rivés sur l’horizon. Rien. Depuis plus de cent kilomètres, il n’y a rien. Le néant à 360°. Un univers de pierres, de terre brune et de rares buissons rabougris. J’ai les yeux ouverts mais je ne vois plus. Mon cœur malgré l’effort bat au ralenti. La douleur n’existe plus. Seul mon esprit ronronne et se délecte de cette douce agonie. Il lance le film.
Je revois mon enfance. Les images sont nettes, les détails précis. Ce sont parfois des odeurs. Le fumet des tartes aux prunes de ma grand-mère qui s’échappe de la cuisinière. Le goût de la purée noyé dans le jus de la viande. Les vacances à la ferme avec mes cousins, nos parties de pêche à l’étang, l’insouciance, un bonheur simple mais renversant d’intensité. Je suis un petit garçon tout fluet en short et t-shirt fluo, mon frère porte une casquette rouge, nous courrons ensemble. C’est l’été en Normandie. Je respire la brise fraîche. Je me retourne et aperçois mes parents qui marchent tranquillement avec la mer en toile de fond. Je suis léger, je vole porté par un vent vaporeux au fil de mes souvenirs. Il n’y en a pas un qui soit mauvais. Tous sont habités par les gens que j’aime et respirent un bien-être qui en surface me donne la force de continuer. Je ne regrette rien, je savoure juste à nouveau la joie de ces moments passés.
L’odeur de la route
Dans le désert, la route a une odeur. Ce long serpent qui ondule au soleil jusqu’à capturer notre regard dans ses anneaux d’asphalte empeste un mélange de gasoil frelaté et de gomme sèche. Mais par-dessus tout, la route sent le poisson. A longueur de journée, nous croisons des camions siglés Isuzu ou Mitsubishi remplis de sardines. De leur chargement s’écoule un liquide nauséabond qui s’épand en goutte jaunâtres sur la chaussée. Quand le vent nous est défavorable, ce jus pestilentiel nous gicle au visage et vient imprégner nos vêtements. Parfois, lorsque cette transpiration immonde est si abondante qu’elle déborde de la benne, le camion s’arrête et déverse sur le bas-côté un trop plein d’écailles, d’arrêtes et de pourriture dont l’odeur, nous accompagne durant plusieurs centaines de mètres. A ce cocktail olfactif, souvent, vient s’ajouter une ultime touche : le parfum âcre de la mort. Il n’est jamais très loin, tapis derrière un buisson, où une carcasse de dromadaire se décompose, sur la chaussée où une peau de chien couverte de mouche intègre peu à peu l’asphalte, dans un fossé où gît le corps d’un âne à demi dépecé.
Dans le désert, l’ignoble côtoie le sublime, le majestueux enlace l’abjecte. Le Sahara est caméléon. Il se transforme. Alors qu’il endormait notre regard de ses mornes étendues plates depuis des kilomètres, il revêt en un battement de paupières, ses plus beaux atours. Les cailloux sont devenus des dunes de sable blanc hautes comme des immeubles, la mer qui nous avait quitté réapparaît à l’Ouest dans un paréo turquoise, un groupe de chameaux traverse nonchalamment la route. D’un coup de baguette magique tout est beau.
J’irai dormir sous ton pylône téléphonique
En ce mois de mars, nous ne souffrons pas trop de la chaleur. Le soleil pourtant est omniprésent. Malgré la crème, il nous brûle les bras et les cuisses. Mais il ne fait pas chaud. Un fort vent du nord, allié à l’océan tout proche, rafraîchit l’atmosphère. La nuit, nous ne pouvons rester en t-shirt sans grelotter.
En fin de journée, nous cherchons la compagnie d’autres êtres humains par mesure de sécurité, mais également dans l’espoir de remplir nos réserves d’eau et de trouver du pain. Bien souvent, il n’y a guère que les stations services qui jalonnent irrégulièrement le parcours, où nous trouvons de la vie. Parfois plus de 160 km les séparent. Notre seconde chance se cache à l’ombre des pylônes téléphoniques qui déchirent le ciel de leurs poutrelles rouges et blanches tous les 20 km environ. Les trois opérateurs du pays ont placé au pied de chaque tour un gardien pour éviter le vol des antennes et des panneaux solaires. Ali est l’un d’eux. Pour seule demeure, on lui a accordé un abri en parpaing de trois mètres sur trois. Dans un rayon, de cinquante kilomètres autour de lui, il n’y a pas âme qui vive. Pour seule compagnie, il dispose d’un vieux poste de radio qui diffuse une musique éraillée. Ali fait son pain lui-même. Il nous en fait la démonstration et nous offre des miches à la sortie du four avec de l’huile d’olive. Nous partageons avec lui un poisson dont on nous a fait don au cours de la journée. De temps en temps, on lui livre de quoi se ravitailler ainsi que des réserves d’eau potable. Ali ne parle pas un mot de français mais par gestes et avec nos vagues notions d’arabe nous parvenons à nous comprendre. Sa famille vit loin d’ici. Il occupe ce poste de gardien de phare du désert six mois de l’année. Six mois d’ennuis et de solitude pour 4000 dirhams par mois (moins de 400 euros), un petit pactole ici au Maroc.
Un pays qui n’existe pas
Les villes que nous traversons sont peu nombreuses et toutes se ressemblent. Elles s’appellent Guelmim, Tarfaya ou Boujdour. Alors que la cité, n’est encore qu’une ombre dans le lointain, un barrage de gendarmerie nous contraint généralement a marqué une première pause. Les militaires, très courtois voire amicaux, contrôlent nos passeports et nous font remplir une fiche de renseignements. L’arrêt dure un petit quart d’heure et nous repartons avant d’être arrêtés de nouveau aux portes de la cité par la police qui se livre exactement au même exercice. Nous dépassons la herse tendue au sol et pénétrons dans la ville qui s’articule souvent autour d’un boulevard central qui n’est autre que la route que nous empruntons. Beaucoup de bâtiments sont neufs et abritent pour la plupart des administrations. L’armée est omniprésente et chaque commune compte sa garnison et une foule de d’édifices militaires.
Nous sommes par ailleurs surpris par la quantité de lotissements en constructions. Aux abords de chaque cité, des quartiers champignons se dressent totalement inoccupés. Pourquoi ? Nous n’aurons pas vraiment de réponses. Pour loger les pêcheurs qui refusent de quitter leurs cabanes de bord de mer disent certains. Pour accueillir, le flux des migrants marocains encouragés par les salaires mirobolants promis par l’Etat et par l’absence de taxe, prétendent d’autres. Car le territoire a une histoire mouvementée. Même après notre passage, nous peinons a en cerné les véritables enjeux. Le Sahara Occidental, ancienne colonie espagnole (on parle plus facilement espagnol que français dans la région), est aujourd’hui sous contrôle marocain. Si au premier abord ce morceau de terre aride peut paraître sans valeur, il intéresse beaucoup de monde. L’Algérie voisine, y voit le moyen de s’ouvrir une fenêtre sur l’Atlantique mais les premiers à revendiquer le territoire ce sont ses habitants eux-mêmes, les Sahraouis, berbères du désert, plus proche par leur culture des Mauritaniens que du grand frère Marocain. Pendant longtemps, certains d’entre eux ont voulu imposer leur point de vue par la force. Le nom de leur mouvement : Polisario. Depuis plusieurs années toutefois, le front a déposé les armes et tentent de faire valoir ses droits par les voies légales auprès de la communauté internationale. L’ONU qui s’est installée à Laâyoune, la capitale de la région tente de démêler la situation et prépare un référendum. Mais le gouvernement marocain qui encourage sa population à s’implanter au Sahara s’applique à brouiller les cartes. Personne ne semble prêts à faire de concessions d’autant plus qu’on murmure que des gisements de pétrole, de gaz et d’uranium recèleraient là-bas dans les dunes.
Nos bons génies
Livraison surprise de boîtes de conserve au milieu du désert. Un grand merci aux pompiers de Touques.
Les génies du désert existent. Nous les avons rencontrés. Et comme le veut la tradition, ils ont exaucé nos vœux. A défaut de sortir d’une lampe magique, nos bienfaiteurs du jour sont arrivés à bord d’une camionnette immatriculée dans le Calvados. Leurs survêtements de pompiers ne nous ont pas dupés. Il a suffit qu’ils ouvrent les portes de leur fourgons pour que nous réalisions qu’il s’agissait de djinns bienfaisants dotés de pouvoirs extraordinaires. Si certains multiplient les pains, eux ont fait apparaître, sous nos yeux ébahis, des boîtes de conserves : cassoulet, petit salé aux lentilles, raviolis, ananas, salade de fruits et même des cacahuètes (le hasard a voulu que le lendemain, deux Sahraouis, déjà bourrés à 7h du mat, s’arrêtent pour nous offrir de le bière sur le bord de la route. Nous avons donc eu droit à un apéro complet !!!)
Nos bons samaritains sont repartis comme ils étaient venus avec des ordinateurs et du matériel scolaire pour les écoliers mauritaniens plein leur coffre. Peut-être les recroiserons-nous du côté de Touques. Promis, ce jour là, nous jouerons les cuisiniers.
Rencontre avec nos sosies
Avec Johanne et Guillaume Julian partis pour faire le tour de l'Afrique en tandem.
Nous avons des jumeaux. Le même tandem ou presque, quasiment le même âge et des projets qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Johanne et Guillaume ont quitté Strasbourg en septembre avec pour objectif de réaliser le tour complet de l’Afrique (oui, avec notre Paris-Le Cap, nous faisons petits joueurs). Comme nous, ils s’interrogent sur l’aspect durable de nos modes de vie et ont fait de la question environnementale, l’un des piliers de leur voyage. La rencontre, l’échange, l’enrichissement humain sont également les leitmotivs de leur aventure. Surpris de nous découvrir des sosies au milieu du désert, nous n’avons pas résisté à l’envie de passer quelques heures à discuter et à pédaler côte à côte. Des instants occupés à discuter matériel, à philosopher, à refaire le monde, à rêver tout simplement. Car c’est bien cela qui anime. Et pour que le songe ne s’estompe pas trop vite, nous avons planté nos tentes côte à côte sur la falaise près du camping-car de Robert et Simone qui nous ont généreusement invités à partager leur dîner. Au menu, il y avait du foie gras et du vin blanc. Un doux rêve, je vous dis.
Johanne et Guillaume ont également un site internet. N’hésitez pas à aller leur rendre visite : www.guillaumejulian.com ou www.cap-aventure-nature.fr
Dans un roman d’aventures
Aux côtés de la famille Devon et de son camion.
On ne croise pas grand monde dans le désert mais les gens que l’on rencontre sont tous des personnages dignes de figurer dans un roman. Personne n’est là par hasard. Tout le monde ici a une histoire à raconter, une histoire qui sent l’ailleurs, qui fleure bon l’aventure.
Nous nous souviendrons de Jenny, de Titeuf, de leurs chiens et de leur camion. De ce café à Tantan, de notre premier hamman, de la ronda avec Mohamed, de leur conception de la vie et de tout ce qu’ils nous ont appris et apporté durant les quelques heures qu’a duré notre rencontre.
Nous n’oublierons pas Maurice et son 4X4, rencontré sur la plage de Laâyoune. Son récit de la traversée complète de l’Amérique, d’Ushuaia à l’Alaska, nous fait encore baver.
Nous suivrons également les aventures de Michaël, de son épouse et de ses trois enfants partis en famille à travers l’Afrique à bord d’un camion. L’école de l’aventure, l’école de la vie, votre projet est magique : www.devontoafrica.co.uk
Une pensée aussi pour Jérôme qui nous a accueillis comme des coqs en pâtes à Dakhla. Merci pour la source d’eau chaude et pour la promenade sur la plage et merci surtout pour cette formidable soirée sous la tente où tes talents de cuistots ont ravit nos papilles affamées. Comme quoi, on peut être kitesurfer et cordon bleu…
Un mal pour un bien ou l’histoire du dérailleur brisé
Sectionné en deux. Comme un membre mort, le dérailleur pendouille sous la cassette retenue seulement par un câble. Dans son agonie, il a emporté quatre rayons dont les points acérées nous menacent désormais comme des épines (ok, là j’en fais trop !)
Nous qui voyions déjà se dessiner à moins de trois jours, Nouadhibou et ses restaurants, nous restons muets sur le bas-côté, l’estomac serré. Nous sommes au milieu de nulle part et bien sûr, nous ne pouvons continuer ainsi. Nous reprenons nos esprits et faisons le point. Une seule solution possible. Arrêter un camion et rejoindre la ville de Dakhla à cinquante kilomètres. La circulation ce matin n’est pas dense. Un 4X4 de l’ONU s’arrête. Impossible de rentrer le vélo à l’intérieur. Le conducteur repart après nous avoir cédé une bouteille d’eau. Après une heure d’attente, le salut se présente enfin sous la forme d’un camion benne rempli de graviers. Le chauffeur accepte de nous prendre à bord. Seul problème, il remonte en direction de Laayoune. Il devra nous abandonner au prochain barrage de gendarmerie à seulement 10 km. Tant pis, nous grimpons quand même après avoir hissé le vélo entre la cabine et la remorque.
Nous descendons comme prévu. En débarquant la remorque, juchée sur le chargement de graviers, le chauffeur présume de mes forces et lâche d’un coup la roulotte un mètre au-dessus de ma tête. Je tente tant bien que mal d’amortir sa chute mais les 30 kilos de l’objet m’entraînent vers l’arrière et je roule avec lui dans le sable et les pierres en m’ouvrant la main et le genou. Nous faisons part de notre problème aux militaires qui se proposent d’arrêter un nouveau camion pour nous. Nous patientons une heure environ et rebelotte, nous hissons notre chargement dans un nouveau véhicule qui transporte lui aussi des graviers.
Dakhla se trouve à l’extrémité d’une presqu’île de quarante kilomètres. La route qui y conduit est à couper le souffle. Alors que quelques kilomètres auparavant, le désert portait ses habits les plus mornes, il se métamorphose le temps d’une descente. A l’est une vaste lagune d’un blanc presque éblouissant s’étend à perte de vue. Des monts découpés comme de la dentelle la borde de part en part. On se croirait sur une autre planète.
Notre second chauffeur nous dépose directement devant une étroite échoppe noircie par le cambouis devant laquelle se dressent des compressions de vélos sans âge façon césar. L’envie de prendre mes jambes à mon cou me saisit. Le jeune homme qui tient la boutique, flanqué de deux apprentis en culotte courte, identifie très vite notre problème et reparaît avec un nouveau dérailleur. Il se propose de nous le remonter. Il se met tout de suite au travail tandis que les mômes s’emploient à nettoyer le tandem et à nous offrir des verres d’Hawaï (sorte de fanta).
En une heure à peine, il a remonté la pièce et rayonné la roue. Combien cela va-t-il nous coûter ? Il nous reste l’équivalent de dix euros pour rejoindre la Mauritanie à 380 km. Soulagement lorsqu’il nous donne son prix : 50 dirhams pièce et main d’œuvre, environ 4,80 euros.
Nous remontons donc en selle et entreprenons d’effectuer la route en sens inverse. Nous n’irons pas loin. A quelques kilomètres, nous nous arrêtons pique-niquer, auprès d’un rassemblement de camions aménagés, de tentes et de camping-cars. Face à la lagune, l’endroit est féerique. Une île se dresse dans le lointain. Des Sahraoui qui se revendiquent du Polisario nous invitent à partager leur plat. Notre tandem attire les curieux. Une communauté hétéroclite vit ici composée de routards, de retraités et surtout de kitesurfers. L’endroit régulièrement balayé par les vents fait figure d’Eden pour ses passionnés de glisse. Tout nous pousse à rester. Nous décidons de rester dormir dans cet endroit qui respire la détente, le plaisir et la convivialité. Nous ne le regretterons pas. Nous passerons une soirée magique sous la tente à parler d’Afrique et d’aventure en dégustant du mouton cuit au barbecue.
No man’s land
Vue sur la frontière mauritanienne depuis le no man's land
Nous en avons tellement entendu à propos de cette frontière que nous avions hâte de nous forger notre propre opinion. Inutile de le préciser, l’endroit n’a rien de particulièrement enchanteur. Quelques restos et un motel du côté marocain, sinon des bâtiments occupés par la police, la gendarmerie ou la douane. Autour, d’autres constructions militaires puis plus rien. Le désert sur des centaines de kilomètres. En revanche, il règne sur les lieux une certaines animations. Une foule bigarrée s’agite en tous sens comme dans une fourmilière. On trouve des Marocains qui rentrent au pays, des Mauritaniens qui partent au Maroc entassés à 10 dans une Mercedes 190, des routards allemands qui descendent en camion, des motards espagnols qui remontent de Dakar ainsi que des trafiquants de voitures en tous genres pour qui l’étape est incontournable. Il nous faut bien deux heures pour remplir toutes les formalités (et encore, les vélos ne sont pas soumis au contrôle des douaniers). Commencent alors les choses sérieuses. Entre les deux postes frontières se dressent un no man’s land traversé par une piste qui de l’avis de tous est en très mauvais état. C’est sur sa longueur que les avis divergent. Entre 3 et 6 km selon les sources. Nous nous pénétrons donc sur la zone en poussant le vélo et traversons d’abord un espace rempli de voitures en plus ou moins bon état. Le sol est jonché de plaques d’immatriculation. Des hommes assis sur les capots achètent les véhicules qui descendent d’Europe et se chargent de les écouler en Afrique. Tout cela évidemment est bien entendu illégal surtout que bon nombre de voiture arrivant de France ou d’ailleurs ont été volées. Nous ne cherchons pas à nouer de nouvelles amitiés et poursuivons notre route. La piste est tantôt caillouteuse, tantôt sablonneuse. Nous parvenons parfois à pédaler sur quelques centaines de mètres mais sommes très vite contraints de mettre le pied à terre. Après plusieurs minutes d’efforts en plein soleil, la piste se sépare en trois. Au hasard, nous prenons à gauche. Après 3,8km nous débouchons sur le poste mauritanien où se presse une file de camion. Les formalités sont plus rapides de ce côté. Un policier lit notre passeport à l’un de ses collègues qui écrit les informations dans un registre. Chaque nom est copieusement écorché. Nous échappons une nouvelle fois à la douane et poursuivons notre route. Comme un fait exprès, il fait chaud. Nous n’avons pas la force de continuer jusqu’à Nouadhibou et trouvons refuge dans une cabane en bord de route faite de planches et de toiles. Le vent nous envoie du sable par la porte grande ouverte. Quelqu’un a chié à l’intérieur. Bienvenue en Mauritanie.
A Adeline
Seul, je n’y serais sans doute pas arrivé. Cette traversée du désert a renforcé encore davantage les liens qui nous unissent avec Adeline. Nous partageons tout, pensons à voix haute, racontons nos souvenirs. Surtout, nous nous stimulons l’un l’autre. Son optimisme et sa résistance me surprennent chaque jour. Je me transcende physiquement pour être à la hauteur. Durant ces longues heures à pédaler dans le désert, nous avons appris l’un de l’autre. Nous avons tué le temps en inventant des jeux, en chantant, nous nous sommes construits un peu plus en tant que couple. Du néant a surgit encore un peu plus d’amour.
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Ils nous soutiennent
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