C’est fini !

Après plus de 17 mois de voyage et près de 20 000 kilomètres, nous avons atteint notre objectif, la ville du Cap, en Afrique du Sud. Retour prévu le samedi 10 juillet, à Clairefontaine-en-Yvelines. En attendant, voici le récit des derniers tours de roues de Tand’Afrika.



C’est fini !
-« Vous venez pour la Coupe du Monde ? »
-« Euh, oui, entre autre ».
-« Et vous avez fait toute la route à vélo ? »
-« Oui, c’est ça »
-« Je peux vous prendre en photo pour mettre sur mon blog ? »
-« Ben oui, pourquoi pas »

Et notre douanier de sortir son téléphone de la poche de son pantalon et de nous mitrailler sous tous les angles en lançant des clins d’œil à ses collègues en uniforme, nonchalamment adossés au mur du poste frontière.

« Ici, vous êtes en Afrique du Sud. Est-ce que vous sentez la différence ? »
Nous hochons la tête pour ne pas le contrarier mais à vrai dire la traversée de la rivière Orange ne nous a pas véritablement dépaysés. A l’horizon, les mêmes montagnes rocailleuses qu’en Namibie. Sous nos yeux, les mêmes pauvres hères claudiquant, une bouteille cachée sous leur veste, aux abords du marchand d’alcool.
Pour couper cours à toute polémique nous osons une question.
« Y a-t-il une auberge dans les environs où nous pourrions passer la nuit ? »
« Ha non, il n’y a rien à Vioolsdrif. Pour trouver quelque chose de ce genre, il faut pousser jusqu’à Springbok ».
Cent vingt kilomètres sans âme qui vive ou presque. Décidemment, la région du Northern Cape ressemble trait pour trait à la Namibie que nous venons de quitter. L’après-midi touche à sa fin et il n’est pas imaginable de mettre cap sur la ville suivante dans l’immédiat d’autant que nous avons déjà 150 bornes dans les jambes. Nous insistons :
« -Et un camping ou juste un lieu sûr pour dresser notre tente ? »
« Eh, il n’y a pas de camping mais vous pouvez planter votre tente où vous voulez. L’Afrique du Sud est un pays très sûr ».
Avons-nous bien entendu. Depuis, notre arrivée en Afrique Australe, on nous répète sans cesse qu’il n’y a pas de lieu plus dangereux sur tout le continent, à tel point que nous commencions à redouter la traversée de ce dernier pays. Nos hôtes, en Namibie en particulier nous ont mis en garde. Pas de camping sauvage en Afrique du Sud. Là-bas, on vous tue pour un téléphone portable, alors pour un vélo comme le vôtre…
Notre douanier photographe a-t-il reçu des consignes visant à rassurer les touristes et à redorer l’image du pays à l’heure de la Coupe du Monde? Peut-être. Nos amis namibiens ont-ils exagéré la situation ? C’est probable. Toujours est-il que nous peinons à croire que la région soit le coupe-gorge que certains décrivent quand nous entamons la pente qui se faufile à travers les montagnes désertes dressées comme des sentinelles, à la sortie de Vioolsdrif. Par acquis de conscience, nous nous mettons en quête d’un emplacement discret, invisible depuis la route. Après 10 km de côte en lacets au fond d’une gorge de sable et de rocaille, nous jetons notre dévolu sur un renfoncement dans la montagne, à 500 mètres du ruban de bitume. Nous traçons tout droit en poussant le vélo dans ce qui nous parait devenir le lit d’une rivière par temps de fortes averses. Le sol sablonneux entrave notre progression et nous sommes heureux après 200 mètres d’apercevoir une piste qui passe à proximité du site que nous avons choisi. Notre joie grandit encore quand, en chemin, nous tombons sur une pancarte qui met en garde contre les risques d’effondrement liés à l’exploitation, autrefois, d’une mine sur le secteur. En sécurité sur l’étroit chemin de terre, nous gagnons les lieux que nous avons repérés et dressons notre bivouac à l’abri d’un pan rocheux et de quelques buissons d’épines. L’endroit a dû servir de refuge à des bergers ou peut-être à des mineurs car des canettes jonchent le sol. Mais à en juger leur état de rouille, personne n’est venu s’abriter ici depuis des lustres. Afin d’éviter la surprise d’une rencontre impromptue au milieu de la nuit, je grimpe sur l’éboulis rocheux le plus proche et scrute les environs. Des sommets de pierre, des montagnes décharnées, personne ne vit ici si ce n’est des chacals et quelques vipères heurtantes endormies à cette saison. Nous cuisinons une gamelle de pâtes chinoises que nous avalons assis par terre dans la pénombre. Les étoiles scintillent par milliers dans le silence de cette nuit d’encre quand nous achevons notre repas par un thé brûlant et quelques biscuits. Pour la dernière fois de ce périple, nous gagnons l’intérieur de notre tente. Nous dormons d’une traite jusqu’à 5 heures du matin, protégés de nos craintes et de nos cauchemars par une mince couche de tissu.

Ange de la route

C’est fini !
Il pourrait être le saint patron des motards et des cyclistes. Un ange de la route rondouillard et chaleureux au service des chercheurs d’aventures. La première fois que nous avons entendu parler de Manuel, c’était dans la bande de Caprivi, au nord de la Namibie. Au milieu de nulle part, nous étions tombés sur les trois compères de Circling the South, des Sud-Africains partis du Cape avec pour objectif de faire le tour de l’Afrique australe à vélo. Au moment de nous séparer, ils nous avaient glissé un secret à l’oreille.
-« Lorsque vous arriverez en Afrique du Sud, demandez Manuel dans la première ville que vous traverserez. Il est Portugais et possède la station service. Il vous hébergera avec plaisir. Vous ne regretterez pas de l’avoir rencontré ».
A Vioolsdrif, nous n’avons pas croisé de station service et quand nous arrivons à Steinkopf, nous ne songeons plus à Manuel. La matinée a été particulièrement épuisante. Soixante-dix kilomètres de côtes et de faux plats avec un vent à décorner les bœufs ou plutôt les springboks et les kudus. Comme la veille nous avons planté la tente au milieu des montagnes, nos réserves d’eau sont à sec. Nous marquons une pause à la sortie de la ville sur le parking d’un complexe qui abrite un restaurant, un commerce d’alimentation général, une guesthouse, un garage et deux pompes à essence. Tandis que je veille sur le vélo, Adeline pénètre dans la superette nos gourdes à la main dans l’espoir de trouver un robinet. Je la vois ressortir une poignée de secondes plus tard, avec un petit homme bedonnant sur les talons. Il a la cinquantaine. Le temps que je comprenne ce qui est en train de se passer, je me retrouve attablé dans la salle de restaurant face à un énorme saucisse frite et à une pinte de bière. A la télévision tournent en boucle les informations en Portugais. Sur l’un des murs, un portrait de Ronaldo trône dans un cadre en bois. Nous avons retrouvé la trace de Manuel malgré nous. Mon assiette à peine vidée, une nouvelle, bien garnie, fait son apparition sur la table. La bière se transforme en whisky. Notre hôte, un sourire constant sur le visage, se dirige vers une étagère et en ramène une série de livres, d’albums et de coupure de presse. Nous ne sommes pas les premiers à faire étape ici. Manuel s’est fait pour devoir d’accueillir gratuitement chaque voyageur au long cours qui passe sur la route. « Tous les deux ou trois mois environ, il passe un cycliste ou un motard. Ils sont les bienvenues ici. Ils restent aussi longtemps qu’ils veulent. Deux jours, une semaine, un mois… », nous explique notre ami. Une générosité sans borne qui lui a valu des photos et des citations dans divers journaux, récits d’aventures et autres portfolios de globe-trotters. Il est notamment fier de nous montrer son portrait dans le carnet de route d’un motard allemand que la route a conduit deux fois à Steinkopf. «La première fois, il traversait l’Afrique depuis son pays jusqu’au Cap. Un de ses pneus était usé. Je l’ai aidé à en trouver un neuf. Quatre ans plus tard, je l’ai vu resurgir. Cette fois, il remontait le continent pour rentrer chez lui après un tour du monde. Il m’avait apporté son bouquin », nous raconte Manuel. Au tableau d’honneur également, Manon Ossevoort, une jeune Néerlandaise, partie d’Europe vers le Pôle Sud, au volant d’un… tracteur ! (www.tractortractor.org ) Nous laissons une trace de notre passage sur le livre d’or de la maison puis notre hôte nous conduit vers notre chambre ou plutôt nos chambres car il a insisté pour que nous rangions le tandem dans une pièce séparée, question de confort. Le soir nous dînons avec les amis et les employés de Manuel. Tous ou presque sont Portugais. La communauté est importante en Afrique du Sud, plus de 500 000 personnes, venues pour beaucoup des anciennes colonies d’Angola et du Mozambique. Nous l’ignorons encore mais nous allons rester une semaine parmi eux.

Poissons plus frais

C’est fini !
Direction Springbok dans le vieux pick-up de Manuel. A l’arrière, une cargaison de cartons siglés Lusitania, remplis de poissons. La chambre froide de notre ami a rendu l’âme dans la matinée et il cherche à mettre sa marchandise au frais, au plus vite. Cinquante kilomètres dans un décor de western, de montagnes rocailleuses et de terres à mouton. La ville enroulée autour de monts jaunis, nous apparaît. Au même moment, une détonation retentit à l’arrière de la voiture. Pneu éclaté. Nous sommes à peine surpris. Depuis notre arrivée en Afrique, nous sommes touchés par la même malédiction. Une fois sur deux, lorsque nous grimpons à bord d’un véhicule, nous avons droit à une crevaison. Manifestement, l’Afrique du Sud ne fait pas exception. Nous entreprenons de réparer. Impossible de faire fonctionner le cric. Dans la benne, le poisson commence sérieusement à tirer la tête des mauvais jours. En urgence, Manuel appelle un de ses amis boucher qui débarque quelques minutes plus tard au volant d’un pick-up Toyota flambant neuf. En vitesse, nous transférons les caisses qui transpirent déjà un jus orangé et odorant puis nous nous aménageons une place au milieu des cartons pour nous asseoir. En route. Dans chaque virage, le liquide ensanglanté coule sur le plancher de part en part et vient ajouter de nouvelles tâches à nos vêtements qui sentent déjà le fond de cale de chalutier. Le chauffeur nous dépose en chemin. Nous avons prévu de nous rendre dans un cyber-café. Nous sommes presque surpris en rentrant de ne pas voir le personnel se pincer le nez. Une heure plus tard, nous retrouvons Manuel qui a conduit ses poissons à bon port. Sur le pas de porte du fast-food que possède son épouse, il me lance :
-« Tu sais conduire ?
-« Euh, oui »
-« Tu vas rentrer à la maison avec la voiture, je dois rester ici encore un peu. Je reviendrai avec ma femme. Le gars, là, connaît le chemin ».
Le « gars » en question me dévisage d’un regard qui tangue comme une coque de noix dans la tempête. Son haleine transpire la bière et le mauvais brandy. Je n’ai plus conduit depuis notre départ, il y a presque un an et demi. Reprendre le volant aussi subitement et passer les vitesses de la main gauche font naître en moi un début d’angoisse. Je respire profondément et tente d’enfoncer la clef dans le contacteur. Impossible de l’y faire pénétrer de plus d’un demi centimètre. Je tourne tout de même. Le moteur crachote et vrombit finalement. La clef m’est restée dans la main.
Nous voilà partis. Deux cent mètres après le premier carrefour, notre guide réagit. « Il fallait tourner à gauche ». Pour éviter une nouvelle erreur, nous lui demandons notre chemin longtemps avant à chaque intersection. Le temps d’analyser les bribes de mots qu’il postillonne avec mal. A la sortie de la ville, notre co-pilote sort soudainement de sa léthargie. Il a repéré des stoppeurs sur le bas-côté. « Si on en prend deux ou trois dans la benne, on pourra se faire 20 ou 30 dollars (2 ou 3 euros) ». Cette perspective lui illumine le regard mais il déchante rapidement quand je lui explique qu’il n’est pas question que je m’arrête. La voiture ne m’appartenant pas, je refuse de faire monter quelqu’un d’autre à bord. J’ai déjà du mal à me concentrer avec le soleil dans les yeux et la direction qui tremble. Cinquante kilomètres plus loin, je suis soulagé quand nous nous garons devant la station de Steinkopf. On ne s’ennuie jamais chez Manuel.

Pêche miraculeuse

C’est fini !
Notre hôte, possède également un restaurant, le Vasco de Gama, à Port Nolloth, à 90 kilomètres sur la côte. Bien sûr, nous avons droit à une visite. En contrebas, à l’horizon, les terres brunes se mélangent aux eaux troubles de l’océan. La ville est là, fantomatique, drapée dans une cape de brume épaisse. Manuel nous explique que l’endroit est très fréquenté en août et septembre durant la saison des fleurs. « Les montagnes environnantes en sont couvertes. Le spectacle est merveilleux. Certains en font même un commerce et exportent les fleurs sur tige, principalement vers l’Europe ». Mais la vraie richesse de Port Nolloth est ailleurs. Manuel nous conduit vers la plage. A quelques encablures des bateaux semblent attendre de partir au large. « Des navires de pêche ? » questionnons-nous. « Une pêche miraculeuse », répond-il avec un ton emprunt de mystère. De retour dans la voiture, il nous explique. « Ici, il n’y a plus de diamants sur les terres émergées. En revanche, au fond de la mer, il en reste encore d’importantes quantités. A bord de ses bateaux, il y a des plongeurs. A l’aide d’énormes tuyaux, ils prospectent le sous-sol marin. Ici, 80% des habitants vivent du commerce des diamants ». Au Vasco de Gama, nous partageons un interminable repas copieusement arrosé avec d’autres amis portugais.

Anniversaire surprise

C’est fini !
Nous ne comprenons pas toujours où nous allons mais nous suivons Manuel avec le sourire sachant qu’il va se passer quelque chose. Aujourd’hui, il semble qu’il ait décidé de nous emmener en week-end mais nous ignorons la destination. Voyant son épouse charger le coffre de bouteilles, de gâteaux au chocolat et d’autres provisions nous nous renseignons. « Nous allons fêter l’anniversaire de mon fils », nous explique t-elle sans que nous comprenions vraiment où se déroule les festivités. Tant pis, nous verrons bien. Nous prenons la route de Puffader (vipère heurtante en français), dépassons la cité lovée au milieu de nulle part et poursuivons notre route jusqu’à Kakamas. Nous quittons le goudron pour des pistes de terre qui serpentent au milieu des vignes et de canaux d’irrigation. Nous finissons par déboucher sur une large rivière, nous apprendrons plus tard qu’il s’agit de l’Orange. Manuel se gare sur la berge et à notre grande surprise, un canot à moteur vient à notre rencontre. Nous embarquons et traversons le cours d’eau. Sur l’autre rive, se dresse une vaste terrasse avec un bar et un restaurant. On nous sert des boissons à volonté et un repas sur une table en fer forgé. De l’autre côté, sur la pelouse, paissent des gnous et des springboks. On nous présente au fils de la femme de Manuel qui travaille pour l’établissement. Comme prévu, nous fêtons son anniversaire autour d’un grand barbecue. Inquiets de savoir où nous allons passer la nuit, on nous conduits à travers un pont de singe vers une série de chalets construits au bord de la rivière. Considérant le luxe de l’intérieur, nous craignons de ne pas pouvoir payé et confions nos angoisses à nos hôtes qui nous réconfortent en nous expliquant que nous sommes invités et que nous n’aurons rien à débourser.

C’est fini !
Le lendemain, nous prenons la route du parc national des chutes d’Augrabies. S’écoulant dans un lit de rochers, la rivière Orange plonge de 56 mètres dans un fracas du tonnerre. Des colonies de damans prennent le soleil sur les pans rocheux qui surplombent la gorge. Ce petit animal qui ressemble à une marmotte serait un proche cousin de l’éléphant. C’est en tous cas ce que tend à prouver l’analyse de leur ADN respectif. Nous achevons notre séjour par une promenade en canoë sur l’Orange. Quelques rapides secouent notre embarcation et font pénétrer à bord une eau glacée.

C’est fini !

Encore de la piste

C’est fini !
Il est l’heure de reprendre la route. La N7 est très vallonnée et passagère. Fatigués de monter et descendre sans cesse, nous changeons de cap après Bitterfontein et rejoignons la côte. La température s’est considérablement rafraîchie et nous passons la nuit dans des Bed&Breakfast, plus confortables les uns que les autres pour une vingtaine d’euros. A Lutzville, nous regardons à la télé, le match d’ouverture de la Coupe du Monde. Dans les rues de la bourgade, le concert des vuvuzelas ne semble plus vouloir s’arrêter. Tout le monde s’est paré aux couleurs des Bafanas Bafanas.
Nous croyions en avoir fini avec les pistes, nous nous trompions. Jusqu’à Eland’s Bay, nous longeons une voie ferrée, sur un chemin de terre, heureusement bien entretenu. Seuls les dix derniers kilomètres sont sablonneux et ondulés. Le paysage en revanche, ne finit pas de nous émerveiller. Les dunes de sable immaculées qui bordent la piste plongent doucement dans les eaux menthes glacées de l’océan. A l’horizon, une montagne verte trône les pieds dans des étangs couverts de roseaux. Nous savourons un de nos derniers pique-niques les yeux sur l’onde calme ou voguent tels des paquebots, un groupe de gros pélicans. Nous grimpons sous le soleil endormi de la fin d’après-midi au milieu de pâturages à l’herbe grasse où paissent des moutons bien dodus.

Crevaisons à répétition

C’est fini !
Le lendemain, nous nous réveillons en Ecosse. La brume a envahi les prés et une pluie abondante tombe du ciel bas et gris. La journée va être à l’image du temps. Morose. Nous regagnons la circulation et crevons en début d’après-midi. Nous tentons tant bien que mal de réparer mais notre pompe a fini le voyage avant l’heure et refuse de fonctionner. Nous arrêtons une voiture. La conductrice nous propose de gagner la station service la plus proche avec notre roue et de la faire regonfler. Nous patientons au bord de la route. Elle revient, une heure plus tard, avec un pneu gonflé à bloc, au moment où le ciel crache une nouvelle averse violente. Nous remontons en selle, frigorifiés. Nous parcourons à peine un kilomètre avant d’entendre une détonation. La roue arrière a éclatée. Sans doute, la chambre a été pincée lorsque notre bienfaitrice a fermé le pneu. Nous voilà dans de beaux draps. Yzerfontein, la prochaine ville est à plus de vingt kilomètres et la nuit approche. Nous tendons une nouvelle fois le pouce dans l’espoir de trouver un pick-up assez grand pour charger le tandem et la remorque. Après une demi-heure à grelotter, le miracle se produit. Une bonne âme se dévie de sa route pour nous conduire à Yzerfontein, au bord de la mer. Nous posons nos bagages chez René, un Hollandais qui nous ouvre la plus grande chambre de sa guesthouse, en réalité, un véritable appartement avec cuisine et salle à manger. Nous filons prendre une douche chaude, changeons nos vêtements trempés et filons au lit. Le lendemain, le ciel est noir et la pluie tombe drue. Nous hésitons à reprendre la route et à retrouver le froid. L’omelette tomate, fromage, banane que René nous sert au petit-déjeuner achève de nous convaincre. Nous restons une journée de plus. J’en profite pour réparer notre arrière. Je pars la gonflée à la station service à 1 kilomètre. En revenant, elle est à nouveau à plat. Nouvelle réparation. Je vérifie à nouveau les rayons et l’intérieur du pneu. Rien. Etrange. La seconde tentative semble être la bonne. Je remonte la roue. Le soir, elle est toujours gonflée.

Cape Town !

C’est fini !
Nous repartons le lendemain sous un ciel plus clément. Nous regagnons la route principale, grimpons une première pente et constatons que la roue arrière est à nouveau à plat. J’enrage en songeant qu’une simple crevaison va nous priver de notre arrivée à Cape Town, à vélo.
Nous imaginons ces derniers tours de roue depuis un an et demi déjà et là, alors que nous touchons au but, la mécanique semble décidée à faire partir notre rêve en fumée. J’envisage de finir en courant, après tout, il n’y a plus que 70 kilomètres. Tout plutôt que d’arriver en voiture. Une camionnette s’est arrêtée sur l’aire de repos où nous nous lamentons depuis une poignée de minutes. Adeline court demander au conducteur la distance qui nous sépare de la station la plus proche. Miracle, selon lui, la prochaine est à un kilomètre. Nous poussons le vélo sur la bande d’arrêt d’urgence en scrutant l’horizon. Un kilomètre, deux kilomètres, rien. Une heure plus tard, nous marchons toujours lorsque nous apercevons enfin un panneau aux couleurs de Total, avec la mention « à gauche dans 900 mètres ». Nous posons une nouvelle rustine avec la fin de notre tube de colle. Il est temps qu’on arrive. Nouvelle désillusion au moment du gonflage. La pompe mécanique de la station n’est pas adaptée à notre valve. En entourant celle-ci d’un morceau de plastique, nous parvenons tout de même à nos fins.
Quelques kilomètres plus loin, enfin se dessinent à l’horizon, éclairés par une lumière trouble, les contours d’une montagne plate. La Table Mountain ! Des milliers de bâtiments, minuscules vus d’ici, s’étalent entre la mer et les pentes abruptes du géant à la tête écrasée. Cette ville, c’est Cape Town, le bout de la route, la fin de presque 18 mois d’aventures. Le trafic s’intensifie, les maisons se multiplient, des usines et des centres commerciaux immenses apparaissent. Deux heures et demi plus tard, nous pénétrons véritablement dans la cité. Alors que nous nous frayons un chemin au milieu de la circulation, nous sommes surpris d’entendre une voix prononcer nos prénoms depuis le bord de la chaussée. Une jeune femme s’est arrêtée et est sortie de sa voiture après nous avoir aperçus. Nous songeons d’abord à une personne envoyée par nos futurs hôtes à Cape Town mais il n’en est rien. Elle s’appelle Justine, vient de Belgique et attend manifestement un heureux événement (nous espérons tout s’est bien passé pour toi. Encore toutes nos félicitations !) Elle nous suit depuis un an par l’intermédiaire de ce site internet et a croisé notre route par hasard. Incroyable !
Quelques minutes plus tard, nous rejoignons le parking du McDonald’s (le premier que nous voyons depuis le Maroc) de centre commercial Table View et appelons Joris, un ami de Christian, le fondateur d’Eco-Sys Action, notre principal partenaire dans cette aventure. Il ne tarde pas à venir à notre rencontre au volant d’une camionnette dans laquelle nous chargeons le tandem et nos bagages. Joris vit à Hout Bay, de l’autre côté de la ville. Il s’est généreusement proposé de venir nous chercher pour nous éviter la traversée du centre à vélo. En découvrant, la taille des axes routiers, le relief et l’intensité du trafic nous ne pouvons qu’à nouveau le remercier.

Mille mercis

C’est fini !
Durant ces 18 derniers mois, notre route a été pavée de gentillesse et de bonté. Des centaines de personnes ont participé à la réussite de ce projet. Dans les milieux les plus humbles comme dans les plus aisés, chacun à sa manière s’est efforcé de nous avoir apporté l’aide et parfois le réconfort dont nous avions besoin. Nous espérons avoir été dignes et ne pas avoir abusé de cette générosité. Autant que les paysages époustouflants que nous avons traversés, nous garderons en mémoire les sourires et les mots d’encouragement de chacun. Nous n’avons pu emporter de souvenirs dans nos sacoches trop étroites mais nous avons en tête ces trésors bien plus précieux.
Joris, son épouse Joanne et leurs filles Nadège et Sarah sont les derniers maillons de cette immense chaîne de solidarité qui s’est déployée pendant un an et demi depuis Paris jusqu’à Cape Town. Comme s’ils étaient chargés du bouquet final, ils font de chacune de nos journées d’intenses moments de bonheur. Nos sincères remerciements pour l’accueil chaleureux que vous nous avez réservés. Ces 20 000 kilomètres méritaient d’être parcourus, rien que pour vous rencontrer.


Merci mille fois à Joanne de nous avoir consacré de longues heures de son précieux temps pour nous faire découvrir les merveilles de Cape Town et de ses environs. Voici un aperçu de la visite en images.


La nappe est mise

C’est fini !
C’est sans doute le symbole le plus célèbre de la ville du Cap. La Table Mountain veille sur la cité du haut de ses 1086 mètres. Elle doit son nom à sa forme plate. Malgré sa configuration, elle retient fréquemment les nuages, un voile de coton qui comme à le faire remarquer les habitants des environs, a tout d’une nappe. Un téléphérique dont la construction a débuté en 1926, conduit au sommet. Nous avons préféré monter à pied par Constantia Nek et redescendre par la gorge de Platteklipp. Une rando de six heures qui nous a permis d’observer la péninsule du Cap dans toute sa longueur ainsi que certaines des espèces de protéas, la fleur symbole de l’Afrique du Sud, qu’abrite la montagne.

C’est fini !

Tête de Lion

C’est fini !
Les premiers colons néerlandais auraient trouvé à ce sommet des aires de tête de lion. Nous n’avons sans doute pas suffisamment d’imagination pour voir dans ce pic rocheux de 669 mètres un quelconque animal mais l’ascension de Lion’s Head, offre un panorama somptueux sur la ville du Cap et ses environs ainsi que sur la Table Mountain, toute proche.

C’est fini !

Séance shopping

C’est fini !
C’est le site le plus visité d’Afrique du Sud. Entre mer et montagne, le Victoria&Alfred Waterfront, récemment rénové, abrite 80 restaurants et des centaines de boutiques de luxe pour la plupart

L’île prison

C’est fini !
Sur le Waterfront, se trouve l’embarcadère pour Robben Island. A 13 kilomètres de Cape Town, Robben Island est tristement célèbre pour avoir abrité jusqu’au début des années 1990, une prison destinée aux opposants du régime de l’apartheid. Nelson Mandela y a notamment séjourné pendant près de 18 ans avant d’être transféré à la prison Victor Verster sur le continent.

Bafana Bafana

C’est fini !
Difficile de ne pas parler de football. La Coupe du monde est partout, à la télé, dans la rue. Chacun affiche ses couleurs sur sa voiture. Les vuvuzelas raisonnent sans cesse à tel point que des panneaux ont été mis en place dans les centres commerciaux pour limiter les nuisances.
Loin des polémiques à la une des journaux français, nous avons participé à la fête en suivant les matchs de la France et de l’Afrique du Sud, dans les bars de Long Street, la plus longue rue de Cape Town, réputée pour son ambiance nocturne.

C’est fini !

La plage aux pingouins

C’est fini !
La plage de Boulders, près de Simon’s Town dans la péninsule du Cap, abrite de drôles de baigneurs. Au début des années 1980, des pingouins d’Afrique ou manchots du Cap ont élu domicile à proximité des habitations. Ils seraient aujourd’hui environ 3000 à vivre sur le site. L’espèce qui compterait moins de 150 000 représentants est classée vulnérable.

Au bout du bout

C’est fini !
Ce n’est pas l’endroit le plus au sud de l’Afrique, ni même officiellement, le point de division des Océans Atlantique et Indiens. Mais c’était pour les navigateurs un passage symbolique. Lorsqu’ils franchissaient le Cap de Bonne Espérance en venant d’Europe, ils cessaient de voguer plein Sud et se dirigeaient davantage vers l’Est. Pour nous, ce lieu mythique est la fin du voyage, le terme d’un an et demi de pérégrinations à travers l’Afrique. Pour effectuer ces derniers kilomètres à vélo, nous sommes accompagnés par Renata Falzoni et Felipe Meireles, des journalistes brésiliens qui travaillent pour la chaîne américaine ESPN. Renata est célèbre dans son pays pour réaliser la plupart de ses reportages à vélo. Elles souhaitent nous consacrer un sujet dans son émission Aventuras com Renata Falzoni. Joanne nous suit en voiture. Le temps est splendide, les touristes sont de sortie. Au milieu de la foule, nous poussons le vélo jusqu'en haut de la pente qui conduit jusqu’au phare dominant Cape Point. Nous portons notre monture dans les escaliers qui nous séparent du sommet. Les badauds nous regardent étonnés. Certains nous encouragent, prennent des photos, posent des questions. Nous voyons le promontoire s’avancer dans la mer. Nous contournons le phare et empruntons un étroit chemin en corniche qui mène à l’extrémité de la bande de terre. Encore des escaliers, une descente abrupte et nous y sommes. Impossible d’avancer plus, sous nos pieds, il n’y a que de l’eau à perte de vue. Nous sommes au bout de la route. Nous contemplons l’horizon un instant. Ici s’achève Tand’Afrika, sur ce bout de terre perché sur l’Océan.

C’est fini !

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1.Posté par Papa d'Adeline le 02/07/2010 08:39
Je suis très ému de vous voir arriver au but de votre voyage.
Toutes mes félicitations pour votre courage et votre ténacité.
Luc

2.Posté par DEROCLES Franck le 02/07/2010 09:59
Nous sommes trés heureux pour vous, que de souvenirs, bon retour et encore un grand bravo !
Tarik fait également une grosse bise à sa cousine Adeline.

3.Posté par Jean- François père d'Olivier le 02/07/2010 22:08
Voilà, l'aventure se termine pour vous et pour nous aussi,fini d'allumer l'ordinateur dès le matin pour avoir de vos nouvelles ( ou ne pas en avoir !! ) Les mots ne suffiront pas pour raconter ce que vous avez vécu, mais il restera dans votre tête et dans votre coeur des images et des sentiments qui ne s'effaceront jamais. Bravo d'être allés au bout de vos rêves , je suis fier de vous.

4.Posté par Jacqueline et Philippe on s'est vus à Lusaka le 03/07/2010 18:44
Bravo les p'tits loups. Votre périple, en plus de vos études sur la biodiversité, est un modèle de ce qu'on peut faire quand on a le courage, les idées d'entreprendre un défi. De plus il fait la nique à tous ces Tours Operators qui pourrissent l'existence de certaines personnes qui, revenant d'un séjour de 12 jours/10 nuits, s'exclament "on a FAIT" l'Afrique ou tout autre continent.
Nous vous tirons notre chapeau. Toutes nos amitiés à vous deux.

5.Posté par isabelle ,cousine d'Adeline le 05/07/2010 22:48
Et voilà, votre aventure touche au but ! Enfin des Français en Afrique Du Sud plus motivés que d'autres !!!! Et pourtant le salaire n'est pas comparable ....
Mais je pense que vos efforts ont été récompensés par toutes les rencontres que vous avez pû faire et la splendeur des paysages parcourus même s'il faut endurer les pannes ou les mauvaises conditions météo parfois .
Vraiment , on vous tire notre chapeau et nous sommes très contents que vous ayez encore envie de finir à vélo !
bisous à vous deux et encore merci de nous avoir fait partager vos découvertes.

6.Posté par Phil et Ting le 05/07/2010 22:55
Bravo !!! Merci de nous avoir fait découvrir davantage ce continent, merci pour vos articles passionnants. A bientôt de vous revoir.

7.Posté par christian, le papa de Boopy ! le 07/07/2010 13:07
Et voila, vous y etes, le reve est complet et tellement magnifique ! Bravo pour votre tenacite, votre passion, votre amour de l'Afrique et toutes ces sensations que vous avez si bien su faire passer sur ce blog exceptionnel. Un vrai regal a lire et a relire pour petits et grands. J'imagine l'emotion, et tellement de souvenirs qui vont constituer une richesses fantastique, inepuisable. Le monde devient tout a coup different. Et puisque vous parliez de maillons, vous avez en effet construit une chaine d'amities rares tout au long de cette longue et belle route. BRAVO a la Tand'emotions !

8.Posté par Dominique le 08/07/2010 20:25
J'espère vous voir avant que vous ne repartiez. A bientôt de vos nouvelles.

9.Posté par Mel et Ols Massaloux, on s'est rencontres a Swakop le 09/07/2010 08:31
Et bien, la lecture de la fin de votre article me fait monter les larmes aux yeux. Quelle magnifique experience que votre voyage et tant de choses a transmettre lors de votre retour en France !
Pleins de bonnes choses pour la suite !
Mel et Ols de Joburg

10.Posté par Les Résidents de la Maison de Retraite Georges Daudu de Chât le 09/07/2010 14:40
Ce fut une magnifique aventure et vous vous avons suivi à travers votre site jour après jour !!! Nous avons suivi votre progression sur la carte et voyagé grâce à vos textes et reportages ! Super !!! vraiment Bravo de nous tous ! et à bientôt , pour vos récits et impressions lors de votre visite à La maison de Retraite ! Nous l'attendons tous ! ... Peut être en octobre ?
Les Résidents et Cathy

11.Posté par Claude le 16/07/2010 14:47
Un mot : Magnifique !

Magnifique le parcours parcouru
Magnifique la narration des lieux et événements.
et Probablement à tout jamais magnifique les souvenirs que vous garderez au plus profond de vos coeurs.

Allez Hop ! laissez tomber le tandem, et faites vite des petits pour leur raconter votre bonne et belle aventure :)

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