Couleurs Maroc



Carte postale

Couleurs Maroc
Le soleil n’est plus qu’un disque incandescent suspendu à l’horizon. De ses derniers éclats, il inonde les façades immaculées des immeubles des faubourgs de Fès d’une pâle lueur rosée. Nous sommes éreintés. 116 km au compteur aujourd’hui. Près de 350 depuis notre arrivée sur le sol marocain, il y a seulement trois jours. Les derniers faux plats qui conduisent dans les entrailles de la cité, nous arrachent nos dernières forces. Dans la pénombre du soir, nous roulons à l’instinct, guidés par la clameur des souks et par la voix haut perchée des muezzins qui appellent à l’avant dernière prière du jour. Un brèche se dessine dans la muraille : Bab Boujloud, l’une des 14 portes d’accès à la médina de la cité impériale. Nous nous faufilons entre les voitures, laissons un vaste parking occupé par la foule sur notre droite et débouchons sur le seuil d’un enchevêtrement de ruelles, de couloirs, de passages et d’escaliers d’où nous parviennent des accords et des senteurs exotiques. Nous cessons là notre effort et marquons le point final d’une journée passée à pédaler dans un décor de carte postale.
Fermez les yeux. Tout autour de vous, aussi loin que puisse porter votre regard, se dressent des monts aux courbes arrondies. Les plus élevés d’entre eux ont le sommet du crâne coiffé d’un léger bonnet de coton à travers duquel filtre de fins bâtons de lumière dorée. Sur leurs flancs, étincellent des couleurs dont il est difficile d’imaginer qu’elles puissent exister à l’état brut dans la nature. Le vert, tout d’abord, se décline de la pomme à l’olive, en un éblouissant camaïeu. De milliers de petites fleurs, les pétales ouvertes sans pudeur, s’échappent des touches jaune vif. D’autres variétés ajoutent du rouge, du rose, du bleu, jusqu’à former un tapis multicolore recouvrant parfois les montagnes sur un versant tout entier. La route n’est qu’un mince trait de fusain qui se perd dans les détails de ce tableau enchanteur.

Festin marocain

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Bel Kassem nous a ouvert sa porte cette nuit à la sortie de Taza. A table, devant un plat de riz au poulet, il nous parle de ses 32 ans dans l’armée, du poste frontière où il est affecté dans le sud, près de l’Algérie, des tensions entre les deux pays, des trafiquants d’armes et de drogue qui leur mènent la vie dure.
Même en permission, l’heure militaire reste l’heure militaire. A 7h30, Bel Kassem nous tire du lit. Pendant que les femmes s’affairent à la cuisine, il me prend par le bras pour une promenade au pied des monts colorés. Là-bas, dans le sillage de l’oued, le long de la voie ferrée, on construit une autoroute. « Le Maroc change », confie notre hôte. « Depuis l’arrivée de Sa Majesté Mohamed VI sur le trône, les choses évoluent, le pays se modernise. Les générations qui viennent n’auront pas la même vie que la nôtre ».
La veille, c’est grâce à El Batou que nous avons pour la première fois pénétrer l’intimité des Marocains. Notre hôte a 65 ans, le visage tatoué et occupe une vaste demeure avec ses neveux à la sortie de Saka. Elle ne parle pas un mot de français mais son sourire maternel lui suffit pour communiquer. Fièrement, elle extirpe d’une vieille malle militaire les photos de ses enfants émigrés en Belgique et aux Pays-Bas. On nous fait installer sur des banquettes couvertes de coussins. Le paradis pour nos postérieurs endoloris. Deux jeunes de la famille apportent une table sur laquelle a été préparé un véritable festin. Sur le plateau, des pains ronds aux céréales, des gâteaux feuilletés délicieusement sucrés, une assiette de miel épais et doré, de la confiture, de la crème fraîche, du fromage, des biscuits à l’anis ainsi que pour nous désaltérer du thé et du café au lait.

Les rois de la route

Couleurs Maroc
Les chauffeurs de bus sont les rois de la route. Freiner est un déshonneur auquel personne –et surtout pas un vélo, fût-il un tandem- n’oserait ne les y contraindre. Lorsqu’un bus pointe sa lourde carcasse derrière nous, nous en sommes immédiatement avertis. Le conducteur, sans lâcher la pédale d’accélérateur (au contraire), klaxonne à qui mieux mieux pour que nous lui libérions le passage. En équilibre à droite de la chaussée, nous serrons les fesses pour ne pas être propulsés dans le fossé. Parfois, lorsque le sort a voulu que deux fous du volant se croisent à notre hauteur, nous sommes contraints de sauter la marche qui nous sépare du bas côté pour nous mettre en sécurité.
Il n’y a pas de colère, ni même d’agacement dans le regard des chauffeurs. Certains nous saluent même du haut de leur cabine. Seulement, la route est à eux. Priorité aux plus lourds, à nous de nous adapter.
Hier, une information faisait la une de la chaîne nationale. Un accident de bus, 1 mort, 29 blessés. Les chauffeurs qui ne relèvent jamais le pied du plancher sont des assassins. Des assassins avec le sourire, des assassins tout de même.

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1.Posté par conoir le 18/03/2009 22:23
bravo les jeunes , et félicitations pour toute cette énergie,un supporter du départ
faites bien attention à vous . amitiés ray

2.Posté par MORAND MARIE CHRISTINE le 15/04/2009 10:41
je "choppe" parmi toutes les pages de vos récits cette possibilité de vous écrire.
Je suis absolument admirative.. Dur mais tellement enrichissant.
Je vous guette bien sûr jusqu'à Dakar, mon 2ème pays... je vous imagine très bien en Mauritanie, j'aurais tellement aller au-delà de la frontière sénégalaise, tout juste fait une visite aux nombreux pélicans venus nidifier dans le Djouj... Merveilleuses images.
Bon courage, tenez bon, j'attends vos récits.. pour rêver aussi !

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