De Marrakech aux portes du désert
Devant nous, le désert. Après deux jours à pédaler dans des étendues arides, nous nous reposons à Tan-Tan, aux portes du Sahara Occidental. Cap désormais sur Laayoune puis sur la Mauritanie. Déjà 4400 km au compteur. Tout va bien même si le vent nous a usé physiquement ces derniers jours.
Visite de Marrakech et d’Essaouira découverte des arganiers et de nos premières oasis, voici le résumé des derniers jours de notre périple.
Marrakech la bouillonnante
La Koutubia depuis la place Jemaa el Fna
« Sans la place Jemaa-el-Fna, Marrakech ne serait qu’une ville comme les autres ». Difficile de donner tord à Paul Bowles, écrivain voyageur américain. Et pourtant, lorsque nous pénétrons sur l’esplanade, marchant lentement sur les flancs rebondis du tandem, nous ne pouvons dissimuler notre déception. L’après-midi commence à peine, et seuls quelques vendeurs d’oranges ambulants arpentent les lieux. Rien de surprenant, rien de monumental à l’horizon, excepté le minaret de la Koutubia qui, du haut de ses 70 mètres, veille sur l’endroit. Déçus, nous nous enfonçons dans les souks environnants. Les ruelles, où la lumière filtre en minces rayons à travers les plafonds de canisses, sont bondées. Marrakech mérite l’appellation de capitale touristique du Maroc. Des groupes de retraités européens déambulent à un rythme de sénateurs d’une échoppe à l’autre. Des efforts de propretés ont été consentis pour rendre le labyrinthe plus avenant. Alors qu’à Fès le sol était jonché de détritus, ici presque aucune ordure à terre. Nous jetons un œil derrière les imposantes portes couvertes de dorures qui donnent sur les bijouteries mais nous craquons pour d’autres merveilles : les sucreries au miel et aux cacahuètes qui débordent des étals des pâtissiers.
Les pâtisseries du souk de Marrakech
L’après-midi s’achève et le soleil en sombrant derrière la Koutubia éclaire la place Jeema-el-Fna, d’une pâle lueur rosée. L’endroit s’est métamorphosé. De bouillonnants génies semblent soudain s’être réveillés et entraînent les badauds dans leurs danses enivrantes. Une foule bigarrée arpente la dalle. Des attroupements se forment devant les acrobates, les conteurs et les diseuses de bonne aventure. Il faut jouer des coudes pour se frayer un chemin à travers cette scène gigantesque. Le spectacle est toutefois gâché par les montreurs de cobras et de singes magots qui exhibent leurs animaux au public malgré les menaces pesant sur ces espèces.
Au milieu de ce vibrant maelström, des dizaines de restaurants ambulants ont dressés leurs tables. De leur fourneau de plein air, s’échappe une brume épaisse fleurant bon la saucisse grillée. Des centaines de gourmands font le pied de grue autour des gargottes dans l’espoir de pouvoir s’asseoir sur un banc. Nous ne faufilons dans la fumée jusqu’à une place libre. Un jeune homme en tablier blanc prend notre commande élevant la voix pour se faire entendre au milieu des cris et des crépitements des brochettes en train de dorer. Nous sommes comme portés par l’agitation ambiante. Nous sommes devenus les figurants du spectacle vertigineux qui secoue la place.
Avec Pierrette et Roland
La tête dans le guidon nous quittons Marrakech par la longue ligne droite qui descend en pente douce vers l’océan. Un joyeux « pouêt pouêt » semblable à celui qui sort habituellement de notre klaxon, nous sort de nos pensées. Il nous faut quelques seconde pour réaliser. Un sens inverse, un tandem identique au nôtre s’est arrêté. Nous faisons la connaissance de Pierrette et Roland, tandemistes depuis 1989 et plus de 150000 kilomètres au compteur à travers le monde entier ( leur site). Retraités tous les deux, ils ont fait le choix d’une vie semi-nomade en quête de soleil et de liberté. Roland, membre actif du tandem club de France se lance dans un cours de mécanique. Le couple n’est pas avare de bons tuyaux. Nous écoutons d’une oreille attentive. Nous avons tout à apprendre. Nous échangeons nos coordonnées et remontons en selle, regonflés à bloc par cette rencontre enrichissante.
Le calme d'Essaouira
Les goélands d'Essaouira
La nouvelle Essaouira n’a rien à envier aux cités balnéaires des côtes européennes. De luxueux hôtels, des centaines d’immeubles de confort, la plage de sable bien entretenue, des baigneurs en tenues décontractées, des surfeurs et des kiteboarders.
Un autre monde se révèle à nous lorsque nous franchissons le mur d’enceinte de la médina. Essaouira la moderne redevient Mogador l’authentique. La faible lumière qui filtre dans le dédale des ruelles aux façades blanches met en valeur le bleu des volets. Ici, pas de véhicules à moteur. Déambuler dans la vieille ville n’en est que plus agréable. Marrakech bouillonnait, Essaouira se fait plus sage. La douce atmosphère qui s’échappe des placettes ombragées, nous séduit immédiatement. Plus qu’ailleurs, les magasins des artisans sont garnis. Des peintures aux couleurs pastelles donnent aux travées des allures de galeries d’art géantes. D’étroits couloirs obscurs dépassent les cous longs de sculptures de bois qui nous donnent l’impression d’évoluer dans un zoo fantastique.
Nous débouchons sur le port. Un haut rempart assorti d’une tour crénelée domine l’océan. On pourrait se croire à Saint-Malo. L’après-midi s’achève et le soleil qui décline célèbre le retour des pécheurs. De petites barques, on décharge sardines et crustacés à dos d’homme sous les ballets des goélands. D’autres embarcations plus importantes transfèrent directement leur cargaison dans des camions frigorifiques. Sur la jetée, la ville perd son calme. Entre les amas des filets et les caisses de glaçons règne une vie grouillante. Nous l’observons fascinés. Les contrastes d’Essaouira nous ont envoûtés.
La terre des arganiers
Séance d'escalade dans un arganier
Impossible d’y échapper. Au sud d’Essaouira débute le territoire des vendeurs d’huile d’argane. A chaque village, sa coopérative. Des panneaux, vantant les vertus du produit, fleurissent par dizaines au bord de la route, à destination des touristes qui descendent vers Agadir. Ici, l’arganier pousse partout. De loin cet arbre endémique au Sud-Ouest marocain, ressemble à un olivier. Bas, il est plus large et trapu. Davantage résistant au climat, il peut demeurer sept ans sans absorber d’eau. Autre particularité, son tronc forme à sa base une sorte d’escalier ce qui donne la possibilité aux chèvres de jouer les filles de l’air en grimpant à même les branches pour saisir du bout des lèvres les noix de l’arbre dont elle sont friandes. Les touristes sont nombreux à s’arrêter sur le bord de la route pour saisir avec leur appareil photo cette image surprenante.
L’extraction de l’huile est l’affaire des femmes. Une fois pressé, le fruit qui ressemble à une datte ou à une olive selon le degré de maturité, donne un liquide jaune translucide qui possède des vertus culinaires et cosmétiques. Elle serait notamment efficace contre le cholestérol ou les rhumatismes. On l’utilise également contre les brûlures ou pour revitaliser la peau ou les cheveux. Elle se négocie à prix d’or, à partir de 10 euros le litre.
Pause dans l'oasis
Sur la route d’Agadir, nous bifurquons à Tamri en direction d’Immouzer, une petite ville perchée à 1200m dans le Haut-Atlas. De nouveau, la montagne nous fait payer le prix cher pour nous dévoiler ses merveilles. Nous luttons sous un soleil de plomb pour nous élever en direction des sommets perdus dans le lointain, sous des nuages laiteux. D’une vallée à l’autre, le paysage change du tout au tout. Des pentes arides revêtues de buissons rabougris et éparses, des étendues cultivées où poussent du blé et, pour la première fois de notre voyage, des oasis. Nous profitons de la fraîcheur qui émane des lieux pour refroidir le « moteur » à l’ombre des palmiers, le long d’une rivière bouillonnante, bordée de lauriers roses.
Après 60 kilomètres à enchaîner les côtes vient l’heure de la descente. Vertigineuse, elle nous conduit en direction de la vallée du Paradis. Nous franchissons notre 4000e kilomètre. Un oued coule entre des gorges ocres et escarpées. La roche usée par le fil de l’eau forme de vastes tables sur lesquelles des familles entières de Marocains pique-niquent le week-end. Une odeur de viande grillée s’élève vers les sommets. Dans les années 60, ce sanctuaire naturel était le lieu de rendez-vous des hippies. Deux Allemands malades, heureux d’avoir retrouvé la santé après un séjour sur place lui ont donné son nom. L’endroit inspire également Adeline qui le rebaptise, Ardèche marocaine.
Devant nous la route du grand Sud
Après Agadir, débute la route du grand sud. Nous croisons un panneau indiquant Dakhla à plus de 1100 km. Ensuite, encore 400 kilomètres nous séparerons de la frontière. Nous franchissons les portes du désert.
|
Ils nous soutiennent
|