Escapade à Rabat et visite chez le médecin
Notre pause à Bouznika, près de Rabat, s'est prolongée bien involontairement. Après un mois et demi sans pépin de santé, Olivier a inauguré la série avec une "magnifique" infection intestinale. A plat pendant quatre jours...
Heureusement, nous avons tout de même pu visiter Rabat. Nous avons également obtenu nos visas pour la Mauritanie.
Nous comptons remonter en selle dès demain. En espérant que tout ira bien.
Bouznika Bay
Les villas de Bouznika Bay
En hiver, l’endroit est désert. Pas âme qui vive sur les longues avenues bordées de palmiers, pas de baigneurs alanguis sur le sable fin, personne sur les chaises longues dépliées au bord des piscines. Seule une armée de gardiens, en costume bleu et rouge, veille discrètement sur les lieux depuis des postes de surveillance en bois. Bienvenue à Bouznika Bay, le quartier le plus californien de toute la côte marocaine. Située à mi-chemin entre Casa et Rabat, la cité balnéaire flambant neuve, est, à la belle saison, le lieu de rendez-vous des élites des deux villes. Sur la plage, les plus fortunés ont fait bâtir des villas démesurées. Toutes sans exception, possèdent, derrière un garde-corps en verre, une piscine avec vue sur l’océan. Sur les places de parking bien entretenues, trônent, entre une flottille de quads et de scooters des mers, de gros 4X4 fraîchement sortis du concessionnaire.
Nos quelques pas au bord de l’eau nous donnent l’impression d’évoluer dans le décor d’une série américaine. Manquent seulement les gardes-côtes en maillot de bain et la musique du générique.
Performance sur la plage
Une connaissance éloignée nous prête gracieusement un appartement dans une des vastes résidences de standing qui occupent les lieux. Deux belles chambres, un grand salon, la télé satellite et une vue imprenable sur la piscine. Nous comptons profiter de cette opportunité pour recharger les batteries et visiter Rabat qui se situe à 40 kilomètres.
En revenant de la plage, je suis songeur. En l’espace de quelques heures, Tand’Afrika nous a plongé au cœur de deux univers que tout oppose, nous transformant en caméléons, nous forçant à faire le grand écart. Dans mon esprit, bouillonne l’envie de juger, de crier ma vérité. Et pourtant, je reste muet. Il y a trop de questions sans réponses, trop de nouvelles notions qui m’échappent, trop de stéréotypes dans mon raisonnement, trop d’hypocrisie dans mes pensées pour que je puisse énoncer sereinement mes idées.
Escapade à Rabat
Dans la nécropole de Chellah
Le train qui conduit à Rabat n’a rien à envier à ses cousins de l’Hexagone. Au contraire. Le convoi est neuf, propre et ne souffre d’aucune dégradation apparente. Cerise sur le gâteau, il est à l’heure. 8h02 pétante. Nous rallions la capitale en une petite demi-heure pour 15 dirhams (moins d’1,5 euros) chacun. Rabat a l’allure policée d’une grande métropole européenne. Une foule rasée de près, complet cravate et attaché-case à la main, déambule sur des trottoirs sans papiers gras. Nous nous insérons dans le flux rapide des hommes d’affaires et des hauts fonctionnaires et nous mettons en quête de l’ambassade de Mauritanie où nous devons effectuer notre demande de visa. Nous progressons dans un réseau de grandes avenues tracées au cordeau, bordées de hauts immeubles abritant ministères et administrations en tous genres. On finit par nous indiquer la chancellerie de Mauritanie au cœur d’un dédale de vastes villas dissimulées par des murs d’enceintes aux imposants portails. Après un épisode mouvementé de plusieurs heures dont je vous épargnerai les détails ici, nous finissons par obtenir le droit de remplir un formulaire en vue de l’obtention d’un visa de deux mois. Sur le chemin qui ramène en centre-ville, nous faisons halte dans l’un des premiers supermarchés que nous croisons depuis notre arrivée au Maroc. A l’intérieur, nous croisons de nombreux expats en mal de produits du pays. Les grandes marques occidentales se vendent à prix d’or. La célèbre pâte à tartiner au chocolat qui fait le bonheur de nos goûters, coûte ici 8,50 euros !
Nous prenons nos jambes à notre cou et remontons l’avenue John Kennedy, récemment rebaptisée Mohammed VI jusqu’à la nécropole Chellah. Ceint de hautes murailles crénelées, le site bâti en 1339 abritait les tombeaux de la dynastie des Mérinides avant que les sultans choisissent d’être inhumés à Fès. Érigées sur une ancienne cité romaine, les fortifications abritent également des ruines antiques. Mais c’est avant tout avec ses rigoles et ses bassins, un espace de quiétude et de verdure où il fait bon se promener et oublier les tracas de la ville. Des dizaines de cigognes et de hérons garde-bœuf ont choisi les cimes avoisinantes pour dresser leur nid et ajoutent encore à l’exotisme de l’endroit.
Adeline devant le mausolée Mohammed V
Malheureusement, mon estomac ne me laisse guère le temps d’apprécier le calme des lieux. Je la sentais couver depuis plusieurs heures déjà. Et la voilà qui me tord les intestins, me provoque des sueurs froides, m’empêche même de marcher. Ma première diarrhée après un mois et demi de voyage me met complètement à plat. Notre escapade prend des allures de visite des lieux d’aisance de la capitale, d’une succession de malaises, d’âpres gargouillements et de soulagements toujours trop brefs. Je parviens tout de même à me traîner jusqu’à la tour Hassan, l’un des sites les plus remarquables de la ville. Ce minaret édifié au XIIe siècle est le seul vestige du rêve du sultan Yacoub el Mansour qui souhaitait bâtir la plus grande mosquée du monde (les aspirations des hommes ne changent guère au fil des siècles) Haute de 44m, l’édifice aurait dû en faire 80. A ses pieds, demeurent les restes des centaines de colonnes qui auraient dû soutenir le bâtiment. De l’autre côté de l’esplanade, nous pénétrons dans le somptueux mausolée de Mohammed V. Ce dernier repose dans un cercueil d’onyx blanc disposé sous une coupole d’acajou et de cèdre du Liban. Dans un angle reposent également, plus discrètement, Hassan II et son frère Moulay Abdallah. Nous poursuivons notre randonnée urbaine en longeant l’oued Bou Regreg. Le fleuve rejoint l’océans sous l’œil sombre des canons qui veillent sur la Kasbah des Oudaïa. Bâtie au XIIe siècle, cette forteresse ressemble à un repère de pirates. Elle fut d’ailleurs l’abri de redoutables pillards au XIXe siècle. Malgré ma courante, je ne peux que m’extasier devant la beauté des ruelles en pente, bordées de façades aux soubassements illuminés par toute la palette des bleus. Toutes les portes sont uniques et minutieusement travaillées. Nous nous asseyons un instant dans les jardins andalous om la végétation a eu raison de la rigueur du jardinier, traversons la terrasse aérée du café des Maures, déclinons les invitations persistantes des vendeuses de henné et regagnons la gare à grandes enjambées. Je suis épuisé.
La tour Hassan
Visite chez le médecin
Une ruelle de la Kasbah des Oudaïa
Je suis tordu de douleur, mon énergie s’est envolée, j’ai le moral dans les chaussettes. Voilà maintenant trois jours que les diarrhées ne passent pas. Nous avons prolongé notre séjour à Bouznika pour que je me repose. En vain.
Je me suis résolu à aller chez le médecin. Dr Harroch, diplômé de France en échographie et en doppler couleur, indique sa plaque. La salle d’attente est pleine à craquer. On porte des vieillards dans les escaliers, des femmes, le visage déformé, déambulent l’air hagard dans les couloirs. Je donne mon nom. L’infirmière l’inscrit en 40e position dans le registre. Deux chaises se libèrent, nous nous asseyons. Chaque regard sur l’aquarium bombé sur ma droite me donne la nausée. De plus, la prise de l’appareil branchée sous mon dossier me rentre dans la colonne vertébrale. L’attente n’est pas longue. A-t-on fait accélérer la procédure car nous sommes Français ? On ne le saura pas. Le Dr Harroch est un large bonhomme à lunettes au visage sympathique. Après avoir exposé mon problème, il m’invite à pénétrer dans la salle d’examen où trône un doppler flambant neuf. Ce serait dommage de ne pas s’en servir. Et hop, c’est parti pour une échographie complète de mon système digestif avec photos (en noir et blanc, il devait plus avoir de couleur). Rien à signaler. Il diagnostique finalement une infection intestinale et me prescrit du Smecta, de l’Intétrix et du Neofortan (pour les connaisseurs). Il me conseille également d’éviter la viande hachée et les merguez. Je m’en souviendrai.
Le bleu de la Kasbah des Oudaïa
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Ils nous soutiennent
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