Hippos et paludisme
Visite du sud-ouest du Burkina-Faso, rencontre avec les hippos et malheureusement séjour à l’hôpital pour Olivier. Voici les dernières news de Tand’Afrika. Merci encore pour votre soutien et pour vos messages de sympathie. Pour l’heure, Olivier reprend des forces. Départ pour le Togo, à la fin de la semaine. Inch’allah.
Combien de fois avons-nous déraillé depuis notre départ ce matin ? Trente, quarante, cinquante fois peut-être. Le serpent de latérite qui défile à faible allure sous nos roues, paraît criblé de milliers de cicatrices béantes et boueuses. Je vais droit sans même tenter de les éviter. Notre pauvre carcasse recroquevillée sur elle-même trésaille de tous ses os à chaque nouveau cahot. Comment faire autrement ? Depuis de longues heures, un violent vent latéral souffle en continue. Chaque changement de direction menace de me conduire à la faute. A plusieurs reprises déjà, nous avons été contraints de poser pied à terre et de pousser pendant trois ou quatre kilomètres. Je redoute ces moments. La semelle de mes baskets s’est arrachée et les plastiques me découpent les orteils.
La lumière blafarde qui filtre à travers les nuages faiblit encore. Il doit être 17 heures. Nous avons passé la frontière il y a quelques dizaines de minutes à peine. Une simple bâtisse en ciment dressée au milieu de rien. L’unique fonctionnaire de police des lieux a tamponné nos passeports sans faire de zèle et j’ai aidé à pousser un taxi-brousse en partance pour le pays Dogon.
Désormais, nous pédalons dans l’espoir d’atteindre Thiou, la première ville burkinabé. Nous comptons y passer la nuit. Sur notre compteur, les kilomètres s’égrènent lentement. A l’horizon, les nuages noirs se libèrent de leur trop-plein d’humidité sur la plaine rousse et dénudée. Poussée par les bourrasques qui se sont encore intensifiées, la nuée semble fondre sur nous comme un cheval au galop. Des éclairs zèbrent le ciel sombre. Une rafale plus forte que les précédentes soulèvent un cône de poussière et menace de nous emporter. Nous descendons de notre monture contraints et forcés.
Sous l'orage
L’orage est là. Une grosse goutte vient mourir dans la poussière orange, bientôt suivie de centaine d’autres. La pluie se transforme en grêle et nous cingle le visage. Nous ne voyons plus à un mètre. A tâtons, nous progressons en direction d’une ombre qui se profile à quelques hectomètres sur le bas-côté. Nous pataugeons dans la boue. La sueur, accumulée dans notre chevelure, nous coule sur le front et nous aveugle davantage. Des chiens aboient férocement sur nos flancs. Face à nous se dresse, une sorte de mur d’enceinte en banco. Une ferme… mais pas la moindre entrée. Nous longeons le bâtiment jusqu’à déboucher sur un étroit couloir qui se faufile entre des greniers traditionnels sur pilotis. Personne. Pas la moindre âme qui vive dans les ruelles. Je repère un abri de fortune, un simple toit de paille dressé sur quatre piquets en « Y » sous lequel j’installe le vélo. Adeline frappe aux portes. Soudain, une main apparaît de l’une d’elles et nous invite à rentrer. Dans une pièce sombre et étroite, une demi-douzaine d’hommes attend en discutant que les éléments se calment. Nous sommes trempés comme des soupes. On nous invite à prendre place sur un banc en bois. Malgré l’orage, l’atmosphère est détendue et on rit à gorge déployée. Tout le monde parle Moré, nous ne comprenons pas un traître mot de la conversation mais nous sourions tout de même de bon cœur. La pluie finit par cesser. Débute alors le défilé des habitants du village qui viennent nous saluer. Un homme en boubou blanc particulièrement âgé, nous remet six œufs frais. Nous le remercions chaleureusement pour ce présent dont nous connaissons la valeur. Ici, les familles sont nombreuses et les récoltes pas toujours abondantes.
Derrière la maison, nous prenons une douche au seau et changeons nos affaires mouillées. Nous grelottons presque. A la nuit tombée, nous partageons un plat de soukouta, du riz et une sorte d’épinard.
Nous commettons une erreur en réglant notre réveil et nous levons à 4h du matin. Il fait nuit noire et pourtant, les femmes s’activent déjà à piler le mil. Etrange vision que ce village animé comme en plein jour alors que le coq n’a pas chanté.
Quand on arrive en ville
Le Burkina Faso est le pays du deux roues. Alors que nous dépassons la barrière de péage qui signifie que nous pénétrons dans les faubourgs de Ouagadougou, la circulation s’intensifie. Nous voilà aspirés par un flot continu de vélos, scooters et mobylettes. Leurs propriétaires absorbés par la contemplation de notre tandem battent la route dangereusement et risquent la collision à chaque instant. A chaque feu rouge, une fumée blanchâtre et irritante s’échappe des pots d’échappement des vieilles Peugeot 103 et des scooters indonésiens en plastique.
L’accès au centre ville est pénible. Notre convoi, aussi long qu’une voiture, s’accommode mal de la circulation dans les embouteillages. Autant que possible, j’essaye de filer droit. Adeline fait la vigie et m’informe de l’état du trafic lors des changements de direction.
Avec ses feux tricolores, ses avenues bien tracées, ses bâtiments administratifs flambants neufs et son supermarché bien achalandé, Ouaga nous fait l’effet d’une ville moderne. De nombreux chantiers sont en cours. Comme nombre de ses voisines en Afrique de l’Ouest, la capitale change de visage rendant encore plus visibles les disparités. Dans un pays essentiellement rural, la cité et ses nouvelles lumières attirent la jeunesse villageoise. Pour beaucoup la déception est au rendez-vous. Le travail fait défaut. Pour survivre, la plupart endossent les habits de commerçants ambulants. Au même feu rouge, ils sont parfois dix à vendre les mêmes recharges de téléphone mobile. Devant la poste, ils sont plus d’une vingtaine à tenter de refourguer aux touristes les mêmes cartes postales. D’autres font mine d’engager la conversation. L’approche est toujours la même. « Tu es français ? Tu viens de quelle ville ? Moi, j’ai un ami à (ville qui n’a rien à voir avec celle mentionnée précédemment)… »
Après avoir créé un certain degré d’intimité avec sa cible, celui qui jure sur la Bible ou le Coran qu’il n’est là que pour le plaisir de converser, glisse à l’oreille de son pigeon : « Mon ami, mon frère, je vends de l’artisanat, viens voir ma boutique, pour toi c’est moins cher que gratuit » ou « As-tu visité tel ou tel curiosité touristique ? Si tu veux, on y va demain. Je suis guide, je peux te trouver une voiture » ou « Tu aimes la musique burkinabé ? Je suis justement musicien. Je peux t’apprendre à jouer du djembé, balafon, cora etc… »
Dans la plupart des cas, un simple « non » martelé bien fermement trois ou quatre fois suffit à décourager l’importun. Mais certains sont plus retors et n’hésitent pas à jouer sur la corde sensible. Après avoir essuyé plusieurs refus et avoir suivi son « client » jusque devant son hôtel, il se lance « je voulais pas te le demander mais je n’ai pas le choix. Pourrais-tu me prêter 10000 pour que je rentre au village. Mon père est très malade et il a besoin de moi » ou « mon fils a le palu. Il est à l’hôpital mais je n’ai pas de quoi payer les médicaments », et l’homme de tendre en guise de preuve une ordonnance fraîchement datée de l’année dernière. Bien souvent il est facile de démonter l’arnaque et de mettre son auteur en défaut. Ce dernier se met alors à rigoler et s’en va après avoir tapé dans la main de sa victime qui n’en revient toujours pas. Reste que dans ce pays, on meurt véritablement aux portes de l’hôpital faute d’argent, dans les campagnes, on crève vraiment de faim quand la récolte n’est pas bonne, en ville les mômes abandonnés dorment réellement dehors dans la poussière des trottoirs. En regagnant la fraîcheur de sa chambre d’hôtel, ses courses sous le bras, le touriste se demandera si sa conduite est bien décente. Il s’interrogera sur ce qu’il peut faire pour changer les choses. Il se demandera à nouveau s’il doit donner aux mendiants au feu rouge pour qu’ils puissent se nourrir ou si au contraire, il doit garder son argent pour ne pas encourager la mendicité. Puis il s’endormira, il n’aura pas de réponse.
Du vélo à la moto
Mes parents sont arrivés. En quelques heures, ils ont effectué le trajet que nous avons mis plus de six mois à parcourir. J’ai du mal à réaliser qu’ils foulent, eux aussi, le sol africain. Je suis heureux de pouvoir les serrer dans mes bras et de leur faire toucher du doigt notre quotidien. Nous leur laissons quelques jours pour s’acclimater et décidons de mettre cap sur Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays. Bien entendu, le tandem reste au garage. Pour la première fois depuis le début de notre périple, nous montons à bord d’un car. Bobo n’est qu’une étape. Nous poursuivons le lendemain toujours plus vers le sud-ouest en direction de la Côte d’Ivoire. Notre destination : Banfora, une petite ville entourée de forêts et de champs de canne. Particulièrement fréquenté par les touristes, l’endroit donne accès à de nombreux sites naturels dignes d’intérêt. Parmi eux : les chutes de Karfiguéla. Pour les rejoindre, nous choisissons de remonter en selle. Cette fois-ci, nous enfourchons une moto : une Yamaha 90 à trois vitesses qui en réalité à plus des allures de scooter. Nos exigences décontenancent quelque peu le loueur des machines. Nous souhaitons des casques. Un chacun, parfaitement, sans quoi nous ne conclurons pas le marché. Le propriétaire des deux roues qui est également tapissier, hésite et finalement relève le défi. Il lui faudra deux bonnes heures pour mettre la main sur quatre « casqués », comme il appelle les bombes en plastique trop larges qu’il finit par nous rapporter. Au moment de mettre les moteurs en route, les ennuis commencent. La monture de mes parents refuse de démarrer. Pire, de l’essence coule du réservoir. Quelques réglages plus tard, nous voici à slalomer à faible allure entre les piétons qui circulent sur la piste de latérite sortant de Banfora. Nous parcourons moins de cinq kilomètres avant de constater que le pneu arrière de la moto de mes parents est à plat. Par chance, nous arrivons à contacter notre loueur qui rapplique avec un pote mécano au guidon d’une 103. La roue est changée en quelques minutes et nous pouvons poursuivre notre chemin.
On accède aux chutes par une allée bordée d’imposants manguiers (après s’être acquitté d’une taxe gouvernementale de 1000 CFA. A qui profitera t-elle vraiment ?). Nous grimpons ensuite par un escalier de pierre qui se faufile sous la végétation. A perte de vue, la forêt s’étend en un camaïeu de verts, sans que la moindre construction humaine ne vienne perturber l’équilibre du paysage. A nos pieds, un cours d’eau gonflé par les pluies récentes s’écoule en cascades dans un lit de rochers, sculptés au fil des siècles par la force du courant. A l’horizon, la rivière poursuit sa course folle au milieu des arbres, telle une artère rougeâtre et bouillonnante.
Nos pas nous conduisent en amont. Dans des bassins peu profonds, sous des chutes miniatures, des jeunes se rafraîchissent et chahutent dans les remous.
Rencontre avec les hippos
Nous remontons en selle, direction le lac de Tengréla. Au bout de la piste, derrière une barrière d’arbres touffus, nous apparaissent les reflets argentés d’un plan d’eau où abondent les nénuphars. Le lac mesure une centaine d’hectares et doit sa réputation à la trentaine d’hippopotames qu’il abrite.
Là aussi, il faut payer pour accéder au site. Deux mille francs, tour en pirogue compris. Sur les berges un groupe de rastas frappent sur des djembés comme des forcenés sous le regard de jeunes Européennes fraîchement tressées.
Nous déclinons les invitations des vendeurs d’artisanat et payons à nouveau pour garer nos motos.
La pirogue à fond plat à bord de laquelle nous grimpons tangue dangereusement. Une fois éloignés de la berge, le garçon qui fait avancer l’embarcation nous demande nos tickets. Nous rigolons et lui demandons s’il envisage de nous jeter par-dessus bord dans le cas où nous ne les aurions pas.
Les nuages se reflètent sur l’onde calme. Malgré la guérite de péage à l’entrée et le bruit sourd des tam-tams, l’endroit respire la quiétude. Des pêcheurs jettent leurs filets non loin de nous. Apercevrons-nous les hippos ? Les chances de les rencontrer sont élevées à Tengréla. Mais les pluies récentes jouent en notre défaveur. Notre batelier qui n’a pas pipé mot depuis toute à l’heure, lance soudainement « là-bas ! » Nous ne voyons rien, nous entendons. Une sorte de puissant meuglement déchire le silence puis un geyser s’échappe de la surface de l’eau. Enfin, nous distinguons une forme grise. Deux petites oreilles, deux yeux discrets, tels des périscopes et finalement une tête entière, large et glabre avec des reflets rosés. Nous restons à bonne distance. Ces animaux amphibies dont le poids peut dépasser les trois tonnes sont réputés pour être parfois irascibles. En Afrique, ils seraient les mammifères les plus dangereux pour l’homme. Reste que la menace pèse davantage sur leur dos en forme de tonneau que sur les frêles épaules de l’homme. L’hippopotame est classé vulnérable par l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Ils ne seraient plus que 150000 sur le continent. En cause, le braconnage et le réchauffement climatique qui perturbe le cycle des pluies et le renouvellement de la couverture végétale nécessaire à sa survie.
Selon notre guide, pas de chasseurs à Tengréla. Les hippos se reproduiraient en toute sérénité. A moins que le ballet des pirogues des touristes ne les perturbe. Derrière le viseur de mon appareil photo, je ne peux m’empêcher de me poser la question. Les grosses têtes réapparaissent toutes les cinq minutes. Sont-ils inquiets ?
Alors que nous rebroussons chemin, nous croisons une autre pirogue. A bord, le couple attend caméra au poing…
Les pics de Sindou
Pas question de rejoindre Sindou à moto. Les averses ont ravagé la piste. Nous avons opté pour une voiture, une Toyota quatre roues motrices qui a presque les allures d’un jouet. A la sortie de Banfora, la barrière de pluie est fermée. Elle est censée limiter la circulation afin que la piste ne soit pas dégradée davantage. Nous passons tout de même. Notre chauffeur a le pied lourd et nous bondissons sur nos sièges comme des ressorts. Je me cogne la tête au plafond à plusieurs reprises. Devant nous, vaches, chèvres, moutons, dindes n’en mènent pas larges et plongent dans les fossés. Le chauffeur explique : « Je connais le comportement des animaux. Les ânes restent immobiles, il faut les éviter. Les chèvres s’enfuient, les poules aussi. »
« Et les enfants ? »
Nous traversons des villages en trombe projetant des gerbes de boue. Une cinquantaine de kilomètres plus tard, les étranges structures géologiques de Sindou se dressent à l’horizon. Nous laissons ces pics marrons-orangers derrière nous et poursuivons sur une piste encore plus cahoteuse en direction du village de Niangsogoni. L’endroit est surplombé par une imposante falaise. Nous grimpons le long d’un sentier invisible. Il nous faut parfois poser les mains à terre pour progresser à travers les rochers et la végétation. Cibry, notre guide, nous conduit jusque sous un repli de la falaise. A l’abri de la roche, épargnées par le vent et la pluie des constructions en banco rosé, semblent avoir survécu à la morsure du temps. Avec ses habitations étroites et ses nombreux greniers ronds l’endroit n’est pas sans rappeler le pays dogon. Cibry se lance dans des explications. Selon lui, les Pygmées auraient été les premiers à investir les lieux. Ils auraient construit ces petits édifices avant d’être chassés par les Ouaras. Ces derniers auraient élu domicile au pied de la falaise avant d’être à leur tour menacés par l’arrivée des Sénoufo, venus de la Côte d’Ivoire. Pour leur échapper, ils auraient choisi de s’abriter dans les constructions de la falaise.
Quoi qu’il en soit, l’endroit est toujours sacré pour les Ouaras. Une ligne rouge délimite la zone interdite aux non-initiés. Interdit d’y pénétrer sous peine de déranger les fétiches.
Nous redescendons et remontons dans notre véhicule (après s’être acquitté de la taxe qui en principe sert à la construction d’une cantine pour l’école).
Notre chauffeur achète de l’essence à un carrefour au milieu de nulle part. Le carburant est directement acheminé de Côte-d’Ivoire par les chemins de traverse. La frontière n’est qu’à une vingtaine de kilomètres.
Nous avalons un plat de riz-sauce à Sindou et partons à l’assaut de ses fameux pics. La mer serait à l’origine de cette formation rocheuse originale. Présente il y a des millions d’années, elle se serait retirée et aurait laissé la pluie continuer son office. Nous déambulons au milieu de ces énormes doigts rocheux qui atteignent plusieurs dizaines de mètres de haut. Certains semblent en équilibre précaire. A l’issue de notre randonnée, nous payons une nouvelle taxe et les gardiens nous invitent à nous cotiser pour l’association de l’école du village. Nous donnons quelques CFA en espérant que les enfants en verront un jour la couleur.
Terrible malaria
Je n’imagine pas ce qui m’attend en pénétrant dans le centre médical international de Ouagadougou. Depuis la veille, j’ai une forte fièvre qui ne descend pas. Je ne suis vraiment pas dans mon assiette. Le médecin après m’avoir ausculté m’invite à faire le test de la goutte épaisse. Il craint le palu. Une piqûre sur l’annulaire gauche pour faire perler le sang, vingt minutes d’attente et je pénètre à nouveau dans le cabinet du médecin. Verdict : positif. Le docteur me rassure. Je ne présente pas de signes aggravants. Je vais pouvoir rentrer me soigner à l’hôtel. En ressortant, je tremble, j’ai les jambes en coton. Je fais cinq pas et m’écroule sur un siège dans le couloir. Je ne vois plus rien, entend un bourdonnement sourd et retient à peine ma vessie. J’ai le sentiment d’être happé par le vide dans pouvoir résister. Je me sens partir. L’infirmière a réagit et m’appose un linge glacé sur le front. Je reprends connaissance. Le médecin est sorti. Il me prend la tension. Elle a baissé dangereusement. Je suis dans le brouillard. On m’installe dans un lit et on me perfuse dans chaque bras. Bientôt, j’ai le goût amer de la quinine dans la bouche. Je n’entends plus qu’un lointain bourdonnement. La pièce tangue. On m’installe des électrodes sur la poitrine et on m’éponge avec des serviettes froides. Je suis à demi assoupi. On me fait uriner. La crise est grave.
Au téléphone, l’assurance nous informe qu’elle ne prend pas le palu en charge. A 400000 CFA (plus de 600 euros) la journée d’hospitalisation, j’enrage. Mon état cependant se stabilise. Le lendemain, le médecin m’autorise à regagner l’hôtel. Je suis à plat. Je parviens jusqu’à un taxi appuyé sur l’épaule de mon père. La fièvre est toujours là. Je cauchemarde. Je passe la nuit à plus de 40. Adeline joue les infirmières et s’emploie durant plusieurs heures à faire baisser ma température avec des linges glacés. 48 heures plus tard, mon analyse de sang m’informe que les parasites ont disparu. Je suis tiré d’affaire mais j’ai eu chaud. Que serait-il advenu si la crise s’était déclenchée en brousse ? Il me faut maintenant me reposer, reprendre des forces. Entre temps, la mère d’Adeline a contacté l’assurance. Il y a eu erreur mes frais d’hospitalisation sont pris en charge. Le médecin est passablement irrité par le manque de rigueur de notre assurance (AVI pour ne pas la citer). « Si j’avais su que vous étiez couverts, je vous aurais sans doute garder 24 h de plus. Votre pronostic vital n’était pas engagé mais une journée de plus sous surveillance n’aurait pas été du luxe. En France, vous étiez bon pour la réa et pour au mois cinq jours à l’hôpital ».
On ne plaisante pas avec le palu. Chaque année, environ 500 millions de personnes contractent la maladie et entre 1 à 3 millions y laissent leur vie. Un enfant meurt de la malaria (autre nom du paludisme) toutes les 30 secondes selon l’Institut Pasteur.
A l’heure actuelle, il n’existe pas de vaccin contre le palu. Pire les parasites accroissent leur résistance aux médicaments et les moustiques aux insecticides. La malaria est une maladie qui concerne principalement les pays du Sud. Les fonds consacrés à la recherche seraient trop limités. Selon Bill Gates, le fondateur de Microsoft, qui a choisi de financer la lutte contre la maladie, on accorderait aujourd’hui plus d’argent à la recherche contre la calvitie que contre la malaria. No comment.
Nous venons d’apprendre qu’un attentant suicide a eu lieu à Nouakchott, à proximité de l’ambassade de France. Nous avons une pensée pour nos amis mauritaniens qui oeuvrent pour changer l’image de leur pays. Encore une fois, les actes inqualifiables d’une ultra-minorité vont réduire à néant les efforts d’une écrasante majorité. En Mauritanie, on pratique en général un islam tolérant loin de tout intégrisme. L’étranger est accueilli avec chaleur quelques soient ses origines et sa religion. C’est en tous cas ce que nous avons vécu. Le kamikaze avait 22 ans et venait d’Arafat, un quartier populaire de la capitale. Il est décédé lors de l’explosion. Trois personnes dont deux gendarmes ont été légèrement blessées.
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