L’ultime étape
Après un an et demi de voyage et près de 20 000 km, nous voilà de retour à la maison. L’aventure s’achève là où elle avait commencé sous le soleil de juillet.
Photo Gisèle Derocles
A près de 10 000 mètres sous nos pieds, c’est la France qui se dessine en miniature. Par le hublot, se détachent, sur un ciel bleu nuit, les contours immaculés des sommets alpins. Autour, tout est profondément vert. Je n’ai pas fermé l’œil depuis plus de trente heures et la lumière et l’émotion me brouille le regard. Après un an et demi d’absence, nous sommes de retour et ce matin, vue du ciel, la France est belle à en pleurer.
Aéroport de Roissy, terminal 2. La fatigue et les conversations qui fusent en français m’étourdissent. Pour la première fois depuis de long mois, je comprends, pour le meilleur et pour le pire, tout ce qui se dit autour de moi.
Les bagages tardent à arriver. Et si le tandem avait été égaré ? Court instant de stress. Notre monture nous est finalement livrée sur un chariot, à part. Une brève inspection. Notre emballage de mousse et de cartons semble avoir tenu le choc. Nous n’avons désormais qu’une seule idée en tête. Remonter le vélo et quitter l’aéroport au plus vite, direction Paris, où des amis nous attendent. Nous sommes à mille lieux d’imaginer que derrière la porte, une surprise nous attend. Adeline qui m’a précédé discute avec un groupe de personnes derrière le sas de sortie. Je mets une fraction de seconde à réaliser que tous ces visages me sont incroyablement familiers. Nos parents et mon frère (et Noisette, le chien d’Adeline) ont fait le déplacement. Dix mois que je rêve de cet instant. Le souffle coupé, je tombe dans les bras de ceux qui m’ont tant manqué.
Obstacle urbain
Photo Gisèle Derocles
En vitesse, nous déballons le tandem qui à notre grand soulagement n’a pas souffert du transport. Nous remontons les roues, les boîtiers de pédalier, le guidon, le timon de la remorque et regonflons les pneus. Un verre de Coca plus tard, il est l’heure de quitter nos familles, pour deux jours, cette fois, seulement.
Reste à trouver une sortie accessible à bicyclette. On nous indique le CDGVAL, une navette automatique qui relie les terminaux et les différents parkings de l’aérogare. Cette avant-dernière étape, urbaine, va nous réserver quelques surprises. Nous traversons la gare TGV et butons au sommet d’un escalator. Je souris en songeant aux épreuves que nous avons traversées ces 18 derniers mois, démonte la remorque et me lance à l’assaut de cet obstacle des villes. Adeline emprunte l’ascenseur avec le reste du barda. Dans la rame, on nous lance des regards étonnés mais personne ne bronche bien que nous gênions la porte d’entrée. L’aéroport est un labyrinthe. Après avoir demandé notre chemin plusieurs fois, nous finissons par trouver la route de Roissy-en-France. Nous voici happés par le flot de circulation, concentrés pour rester à droite après avoir rouler à gauche pendant plus de dix mois. Au milieu des champs, nous filons dans la chaleur de la fin d’après-midi, direction Gonesse. La banlieue semble s’être endormie, les pieds dans les blés. Nous traversons la Courneuve, Aubervilliers, on nous encourage depuis la terrasse des cafés. Nous passons sous le périph. Nous voilà propulsés dans Paris, portés par le flot des embouteillages, des touristes hagards, des Vélibs imprudents. La porte de la Villette, Stalingrad qui scintille de noir et de gris, le faubourg St Martin, la gare de l’Est. Je suis déboussolé au cœur de ces lieux que je connais si bien. Nous passons sur le Pont-Neuf, déboulons sur l’Odéon, puis remontons la rue de Rennes, avec la tour Montparnasse en ligne de mire. Un cycliste curieux nous interroge.
-« D’où venez-vous ? »
-« D’Afrique du Sud. Nous avons traversé l’Afrique, on rentre à la maison »
-« Mais vous êtes partis quand ? »
-« En janvier 2009, il y a un an et demi »
Nous nous égarons dans le 15e. Un type en terrasse nous renseigne et nous souhaite bonnes vacances. Nous sourions et redoublons d’effort.
Enfin, nous y sommes. Nous avions annoncé notre arrivée pour 18 heures. Il fait encore grand jour. Pas de doute, nous sommes à l’heure. Nous sonnons. Nos amis ouvrent presque immédiatement, ils s’inquiétaient de ne pas nous voir débarquer. En réalité, il est presque 21 heures. Pour nous, depuis des mois, le soleil se couche à 18 heures. Il était notre boussole, il était notre horloge. Aujourd’hui, il semble sérieusement déréglé.
Retour en groupe
Photo Daniel Cally
Samedi 10 juillet, 7 heures. L’ultime étape de Tand’Afrika peut commencer. Avec notre ami Julien, nous quittons Paris, par la porte de Versailles. A Issy-les-Moulineaux, les fêtards de la veille prennent leur petit déjeuner devant les cafés. Viens Meudon et sa célèbre côte. Puis, c’est Sèvres et Versailles. L’avenue de Paris, face au château est déserte. A Toussus, les militaires répètent pour le 14 juillet. Port-Royal, une dernière descente et nous pénétrons dans Chevreuse. Comme prévu, mon père est une bonne vingtaine de cyclistes nous attendent. A partir d’ici, je suis chez moi. En groupe, nous quittons la ville par une petite route aux bas-côtés fleuris. Fallait-il que je parte aussi longtemps pour la trouver si jolie ? La Celle-Les-Bordes, la dernière ligne droite, la descente du cimetière et en bas, la foule qui nous applaudit. La famille, les amis, les voisins, les visages de ceux que j’aime défilent devant moi. La municipalité a généreusement organisé un pot de bienvenue à notre attention.
Nous écoutons le discours de Daniel Degarne, le maire de la commune et le message de Gérard Larcher, président du Sénat et maire de Rambouillet, lu par Bernard Valette, maire-adjoint.
Photo Daniel Cally
Je songe un instant à ce dimanche 11 janvier 2009, où par -13° nous avions pris la route. Mes pensées vont à ceux, amis, inconnus, qui nous ont tendu la main au bord du chemin et sans qui notre périple n’aurait eu de raison d’exister. Je n’oublie pas nos sponsors qui nous ont permis de donner vie à notre rêve le plus fou, tous ceux qui nous ont soutenu par l’intermédiaire de ce site internet, nos parents qui nous ont aidé au-delà de ce qu’il était possible de faire et par dessus tout, Adeline qui par sa détermination, sa force de caractère, son optimisme m’a fait me relever là où, seul, je serais rester à terre. J’espère avoir été à la hauteur et t’avoir apporté autant que tu m’as donné.
Tand’Afrika s’achève ainsi par une chaude après-midi de juillet. Notre prochain défi sera désormais de partager les photos, les vidéos et les innombrables souvenirs que nous avons accumulés. Un livre, des conférences sont en projet. Nous vous tiendrons au courant de l’avancée de ces projets.
Encore une fois, mille mercis pour le soutien que vous nous avez apportés.
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Ils nous soutiennent
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