Lagon, colobes et éléphanteaux

Cap sur Mombasa et les eaux turquoises de l’Océan Indien. Au programme, poissons grillés baignade, farniente mais également rencontre avec le colobe noir et blanc d’Angola, un singe arboricole particulièrement menacé. De retour à Nairobi, nous partons à la découverte d’un orphelinat pas comme les autres. Il héberge uniquement de jeunes éléphants.



Lagon, colobes et éléphanteaux
Dans les ruelles étroites et ombragées qui dégringolent vers le vieux port, la multiplicité des visages et des tenues raconte l’histoire du peuplement de la cité. Les bâtiments aux influences architecturales diverses témoignent eux aussi des origines multiethniques des lieux. Les balcons ou portes de style indien succèdent à des mosquées telles qu’on les bâtit à Oman. Les pieds dans l’eau, le fort Jésus dresse ses remparts ocres vers le ciel, vestige du temps où les Portugais tentaient de repousser les assauts des sultans. Plus loin, se cache la Leven House qui accueillit Burton et Speke à la recherche des sources du Nil, en 1856.
Bienvenue à Mombasa, le premier port d’Afrique de l’Est. La cité a été édifiée sur une île mais aujourd’hui, sa population déborde largement sur le continent.
Nous sommes très chaleureusement accueillis par Nicolas et sa famille qui résident de l’autre côté du pont, au nord de la ville. Notre hôte est originaire de Saint-Arnoult-en-Yvelines, une ville voisine de notre commune de résidence. Nous ne nous connaissions pas mais nous trouvons en sa compagnie l’occasion de nous ressourcer. Dans la quiétude de sa demeure, nous goûtons au repos moral et physique qui nous faisait défaut depuis notre traversée de l’Ethiopie et du nord Kenya.

Sur les traces du colobe

Lagon, colobes et éléphanteaux
Pour gagner la côte sud et la station balnéaire de Diani, nous empruntons le ferry. Ici, pas de pont. Des bacs font la navette toutes les dix minutes aux heures de pointe. Avant de rejoindre les plages de sable fin, nous décidons de partir à la rencontre d’un très discret habitant des lieux : le colobe noir et blanc d’Angola (sous-espèce palliatus). Pour trouver la trace de ce très rare singe arboricole, nous comptons sur Cara. La jeune biologiste travaille pour le Colobus Trust, une association qui lutte pour la sauvegarde de l’espèce. En guise d’introduction, Cara insiste sur un chiffre : « Près de 90% des forêts côtières du Kenya ont cédé le pas face à l’urbanisation et à l’augmentation des surfaces cultivées. Elles n’existent plus aujourd’hui qu’à l’état parcellaire». La forêt de Diani ne fait pas exception. Avec le développement de l’activité touristique, les arbres ont laissé place aux hôtels. Quant aux quelques fragments de végétation qui demeurent, ils sont exploités pour construire des maisons, faire du feu ou tailler des objets artisanaux. Pourtant, ces poches vertes sont de véritables réservoirs de biodiversité qui abritent plusieurs animaux uniques ou gravement menacés. Le colobe noir et blanc d’Angola est l’un d’eux. « On ne trouve la sous-espèce qui vit ici qu’au Kenya et en Tanzanie. Il reste entre 3000 et 5000 individus au Kenya et un nombre inconnu mais certainement très restreint en Tanzanie. Ici, à Diani, on trouve moins de 200 spécimens ».

Pont de singes

Lagon, colobes et éléphanteaux
Essentiellement arboricole, le colobe est directement victime de la destruction de la forêt. Son régime alimentaire par exemple est uniquement composé de feuilles d’arbres endémiques à la région. Il en mange en général 2 à 3 kilos par jour et se repose longuement dans les branches pour favoriser sa digestion. Mais l’abattage des arbres n’est pas l’unique menace qui pèse sur ses frêles épaules. L’augmentation du trafic routier cause régulièrement son lot de victimes. « Les colobes se déplacent très maladroitement au sol et n’ont pas conscience du danger. Nous avons établi des statistiques relatives aux accidents de la route et avons décidé d’installer des passerelles au niveau des zones les plus dangereuses pour les animaux ». Pour l’heure, 27 ponts de singes ont été mis en place permettant aux colobes de traverser sans mettre le pied à terre. Autre danger, les lignes électriques. « Des milliers de mètres de câbles non isolés traversent la région. Un piège pour les singes. 36% des décès chez les colobes sont des cas d’électrocution », souligne Cara. Pour limiter les risques, les équipes de Colobus Trust tentent d’isoler les lignes. Une action onéreuse. « Quand nous le pouvons, nous nous contentons d’élaguer les arbres à proximité pour éviter que les singes sautent jusqu’aux câbles. Cela coûte moins cher. Nous militons également pour que dans la mesure du possible les lignes soient enfouies », confie la biologiste. Certains colobes sont également indirectement victime du braconnage. « Des chasseurs placent des collets pour attraper des antilopes ou de la viande de brousse. Les colobes se font parfois attraper par le piège. Nous détruisons tout ceux que nous trouvons en espérant décourager les auteurs », explique Cara.
D’autres actions sont également entreprises par l’association pour freiner la chute du nombre d’individus. « La seule action à long terme qui puisse sauver le colobe, c’est la sauvegarde des fragments de forêts restant et la reforestation. Nous avons crée une pépinière d’essences locales au siège de l’association et encourageons toutes les actions qui visent à replanter des arbres », insiste Cara. De même, l’organisation sensibilise les touristes au moment de l’achat de leurs souvenirs. « Nous leur déconseillons d’acheter des objets en bois d’ébène ou d’autres espèces rares. Nous les orientons vers le manguier ou le cocotier, des arbres plus communs qui poussent rapidement ». Le Colobus Trust recueille également tous les singes blessés ou abandonnés après une adoption et tente de les réintroduire dans la nature.
Plus d’informations sur les actions de l’association sur www.colobustrust.org


Une autre planète

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La plage, blanche comme neige, forme une courbe élancée dont l’extrémité se perd entre les palmes des cocotiers et les eaux turquoises du lagon. A 300 mètres à peine, les lames tranquilles de l’Océan Indien viennent finir leur course sur la barrière de corail. Chaque gerbe d’écume qui s’élève sur le ciel azur provoque l’envolée d’un groupe d’oiseaux marins. Plus loin, sur l’onde bleue, se dessine les formes triangulaires d’un boutre toute voile dehors.
A Diani Beach, chaque regard à des allures de carte postale. Les professionnels du tourisme l’ont bien compris. Sur plusieurs kilomètres, les hôtels se succèdent, les pieds dans l’eau. Des établissements de luxe. La plupart affichent au moins quatre étoiles. Une fois n’est pas coutume, nous nous permettons une folie : un week-end dans le confort et l’opulence de l’un de ces palaces. Chaque repas est servi sous forme de buffets à volonté. Nous dévorons tout ce qui nous passe sous la main en regardant sans comprendre nos voisins de table se contenter d’une orange ou d’une banane. Sans doute le luxe et la profusion finissent-ils par lasser ? A l’extérieur, sous les parasols qui bordent les deux piscines gigantesques de l’établissement, des touristes, couleur langouste, somnolent, un cocktail à la main, entre deux safaris. D’autres dandinent leurs formes replètes au rythme imposé par l’animateur de la séance d’aquagym. Un autre monde, une autre planète…

La guerre du lagon

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Sur la plage, des garçons désoeuvrés tentent eux aussi de profiter de la venue de voyageurs étrangers. Toute la journée durant, ils foulent le sable blanc en quête d’un touriste à qui refourguer un bracelet, une sculpture ou une excursion en mer. Le rivage est leur terrain de chasse. Entre eux, pas de cadeaux. Chacun son territoire. Une incursion en zone interdite et c’est la guerre. « Les places les plus recherchées sont celles juste à côté de la sortie des hôtels. A cet endroit, il y a un va et vient quasi continu de touristes. Ceux qui ont la chance d’être installés là gagnent beaucoup d’argent. Ils ont les moyens de défendre leur place et même de payer la police pour créer des problèmes à ceux qui viennent les déranger », m’explique Ali, un des rares vendeurs ambulants avec qui je suis parvenu à engager une conversation autre que marchande. Concurrence oblige, la plupart des « beach boys » sont prêts à tout pour gagner quelques shillings et se montrent souvent terriblement insistants. Conséquence, nombre de touristes, de peur d’avoir à faire à eux, restent confinés dans leur hôtel et ne se rendent sur la plage que lors de sorties encadrées. Le serpent se mord la queue.

Camping sur la plage

Lagon, colobes et éléphanteaux
Nous quittons le Southern Palm hotel à pied. Nous n’allons pas loin. A moins de deux kilomètres la Tiwi river marque la fin de la route. Le cours d’eau, aux rives de sable blanc bordées de baobabs, se jette doucement dans les eaux limpides du lagon. Nous le traversons avec nos sacs sur la tête et rejoignons, en longeant la mer, le Twiga Lodge. Dans les années 1970, l’établissement était le repère des hippies. Aujourd’hui, ses tarifs bon marché font le bonheur des back-packers. Ici, pas de piscine, pas de buffet, ni d’aquagym mais un accueil simple et chaleureux. Nous installons notre tente à l’ombre d’un palmier avec le sable pour seul matelas. Le lendemain, nous sommes tirés du sommeil par les premiers rayons du soleil. Surprise, le lagon a disparu. Seules quelques vasques, telles des coupes de cocktail colorées, sont encore remplies d’une eau vert-bleutée. Des hérons opportunistes traînent leurs cannes allongées dans les flaques en quête de poissons égarés. Au loin, les vagues maigrelettes recouvrent à peine le dos de la barrière de corail. Il fait déjà chaud. Nous paressons allongés dans le sable jusqu’à midi puis acceptons l’offre de deux « beach boys » qui nous proposent du poisson grillé. Nous les dégustons sur la plage avec du riz coco, des avocats et des bananes. Une dernière baignade dans l’eau à 30°c puis vient l’heure de rentrer. Retour vers la capitale. En une nuit, nous perdons près de 15 degrés.

L'orphelinat des éléphants

Lagon, colobes et éléphanteaux
A Nairobi un tout autre animal nous attend. A l’extrémité du parc national de la capitale, se trouve depuis 1977 un orphelinat un peu particulier. L’établissement accueille uniquement des éléphanteaux. Les jeunes pachydermes sont recueillis lorsque leurs parents sont retrouvés abattus. Chaque jour à 11h pétante, le même cérémonial se répète. C’est l’heure de la tétée. Une équipe de gardiens débarque sur le site avec une brouette chargée de biberons géants. A grandes enjambées, les jeunes trompes rejoignent leurs mamans adoptives et s’attaquent goulûment à leur petit-déjeuner : un lait spécialement concocté pour leurs besoins nutritifs. Le repas terminé, c’est l’heure de la récréation. Les bébés aux grandes oreilles se roulent dans la boue ou fourrent leur trompe sous des couvertures. Une manière de reproduire les gestes qu’ils auraient effectuer en compagnie de leur mère dans la nature. Car l’objectif premier de cet orphelinat fondé par Daphne Sheldrick en souvenir de la lutte de son mari contre les braconniers, est la réintroduction de ses pensionnaires dans leur milieu d’origine. Une opération qui s’inscrit dans la durée. Certains éléphanteaux ont subit de lourds traumatismes et ont besoin d’être longuement accompagnés avant de trouver leurs marques dans la savane. Mais cela fonctionne. D’anciennes jeunes femelles pensionnaires de l’orphelinat sont désormais à la tête de clans dans plusieurs parcs nationaux du Kenya. Mieux, comme si elles avaient souvenir des affres de leur enfance, elles adoptent facilement de petits orphelins. Ne dit-on pas avoir une mémoire d’éléphant ?
Plus d’informations sur l’orphelinat David Sheldrick sur www.sheldrickwildlifetrust.org


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1.Posté par Philippe le 24/11/2009 13:28
Toujours aussi génial de vous suivre et d'avoir de bonnes nouvelles. Le temps passe vite déjà le mois de décembre, dire qu'il y a presqu'un an, nous vous disions au revoir sous la neige. Profitez bien de votre séjour, à bientôt, amicalement. Philippe

2.Posté par Baptiste le 19/12/2009 21:22
Des éléphants, le luxe et les colobes...
Je ne connaissais pas ces singes là. Maintenant, j'en sais un peu plus. Et toujours cette même rengaine : l'homme qui détruit tout...
Bien à vous les loulous !
http://haijin-blog.over-blog.com/

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