Le défi togolais

Me voilà de nouveau sur pieds. Après une pause prolongée à Ouaga (Burkina), pour cause de palu, nous nous sommes remis doucement en route. Pour une histoire de visas, il nous a fallu ensuite accélérer le rythme à la frontière togolaise. Une semaine nous a été accordée pour rejoindre Lomé. Voici le résumé de cette course contre la montre de près de 700 km.



Le défi togolais
Etes-vous musulmans ou catholiques ? Combien de fois nous a-t-on posé la question ? Des dizaines de fois sans doute. Rarement, toutefois, en préambule d’une conversation. C’est pourtant ce que vient de me demander l’homme qui se dresse en face de moi, la chemise ouverte sur des muscles saillants. A la vue de l’imposante croix en bois qu’il arbore autour du cou, je réponds sans hésiter « catholiques ». Mon interlocuteur se tait un instant et me toise des pieds à la tête. Il porte une houe sur l’épaule. Ses bras longs et secs sont recouverts de tâches blanchâtres comme s’ils avaient été aspergés avec de l’acide. Ses yeux sont sombres presque troubles. Il reprend : « C’est ta femme, vous êtes mariés ? », en désignant Adeline, restée en retrait avec le vélo. J’acquiesce, n’étant pas disposé à entamer un débat sur la question du concubinage et du respect des bonnes mœurs à cet instant précis de la journée. Un sourire illumine le visage de mon porteur de croix. « On va vous ouvrir notre chapelle pour la nuit », m’annonce t-il en me serrant chaleureusement la main. « Soyez les bienvenus au sein de notre communauté, mon fils va vous conduire ».


De la chapelle aux cochons

Jérôme et son petit frère
Jérôme et son petit frère
Le fiston s’appelle Jérôme et porte un maillot de foot aux couleurs du Burkina-Faso. Comme son père, il arbore une imposante croix en pendentif. Nous lui emboîtons le pas le long d’un sentier sinueux qui s’enfonce au milieu d’une parcelle de maïs.
Jérôme s’exprime avec beaucoup d’aisance en français. Alors que la plupart des enfants de son âge se contentent de nous dévisager sans mot dire, lui n’hésite pas à laisser libre cours à toutes les questions qui se bousculent dans sa tête. « Il paraît qu’il fait très froid chez vous et qu’on peut ramasser des glaçons par terre. C’est vrai ? Et avec ce vélo, comment avez-vous fait pour traverser la mer ? Et qu’est-ce que vous mangez, là-bas, en France ? ».
Nous étanchons du mieux possible sa soif de connaissance en glissant nous aussi quelques questions dans la conversation. Jérôme et sa famille appartiennent à l’ethnie des Bissas. Ils sont arrivés au village, il y a deux ans. Son père, Albert, y a été envoyé par la paroisse pour célébrer l’office. Formé au catéchisme, il est le seul adulte de la communauté catholique locale à savoir lire et écrire. Jérôme, lui, a appris à l’école. En septembre, il rentrera en 5e, au collège de la ville voisine à cinq kilomètres. En attendant, durant, les vacances, il aide aux champs comme tous les enfants.
Nous atteignons la chapelle. Un petit édifice en ciment avec des façades ajourées. Les portes en métal refusent de s’ouvrir. Le verrou est poussé. Jérôme nous invite à nous asseoir sur les marches et part à grandes enjambées demander la clé à son père. A son retour, il bredouille : « L’homme qui a la clé est parti au village. On ne sait pas où il est… »
Albert a dû réfléchir et s’est souvenu qu’il célébrait l’office le lendemain à 5h30. Comment pourrait-il dire la messe si nous campons devant l’autel ? Pas question pour autant de manquer à son devoir d’hospitalité. A la place de la chapelle, il nous propose de nous installer dans une petite maison en banco inoccupée à quelques mètres de là.
-« C’est là que nous faisons de l’élevage », précise Jérôme.
-« Ah, et qu’est ce que vous élevez ? »
-« Des porcs »

Histoire de tô

La case où nous passons la nuit
La case où nous passons la nuit
La maisonnette de terre rouge se dresse en effet à moins de deux mètres d’un enclos où trois truies et une dizaine de porcelets dévorent des herbes fraîchement coupées en grognant à qui mieux mieux. « On ne pouvait pas rêver mieux comme voisins de chambre », me dis-je intérieurement en déchargeant le vélo. Une flopée de gamins à demi nus a fait son apparition et observent de leurs grands yeux profonds nos moindres faits et gestes. Nous dressons la tente à l’intérieur de la case sur un sol rocailleux recouvert d’insectes. Les habitants des maisons voisines viennent nous saluer en rentrant des champs, la houe sur l’épaule. Ils s’inclinent en avant en signe de déférence comme c’est la coutume dans la région. Accompagné de Jérôme, je pars chercher de l’eau à la pompe pour faire notre toilette. Sur le chemin du retour, il me présente sa mère. Celle-ci est afférée autour de trois grandes marmites bouillonnantes, encastrées dans un four à bois en banco. « Elle fabrique la bière de mil. Ici, on l’appelle dolo », explique Jérôme. Le processus est assez compliqué. Il s’agit en premier lieu de réduire le grain en une sorte de farine. Cette poudre est ensuite cuite dans l’eau puis filtrée. Les déchets sont donnés à manger aux cochons. Après cette étape, la mère de Jérôme ajoute de la levure qu’elle compose elle-même à l’aide de farine de riz et de haricot. Elle laisse reposer le tout puis fait cuire de nouveau. Le liquide pétillant, une fois arrivé à maturité, est vendu sur le bord de la route. Il est consommé dans des calebasses pour 50 francs CFA (8 centimes d’euros).
Notre maison de fortune n’est bien évidemment pas équipée de salle de bain. C’est donc dissimulée au milieu des plans de maïs qu’Adeline a entrepris de faire sa toilette. Malencontreuse coïncidence, des paysans sortent d’une hutte voisine et s’installent pour discuter à la lisière du champ. Alertée par le bruit des voix, elle s’accroupit pour ne pas être vue. Elle est couverte de savon. Bavards, les deux compères semblent vouloir prendre racine. Je rigole en observant la scène (Non, je ne me moque pas. Je songe simplement à tous ces moments où le sort a fait surgir devant moi une horde de curieux alors que je pensais baisser culotte dans un endroit désert).
Jérôme nous apporte quatre œufs. Un don de sa maman. Nous les faisons cuire avec une gamelle de riz. Nous mettons une assiette de côté pour notre jeune ami. Celui-ci débarque à la nuit tombée avec deux petits plats dans les bras. Le premier contient une pâte blanchâtre épaisse et brûlante. Le deuxième une sauce amère composée de gombo et de feuilles qui ressemblent à des épinards. Ce plat très populaire au Burkina et dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest est connu sous le nom de tô. Non sans nous brûler le bout des doigts, nous formons des boules avec la pâte de maïs que nous avalons après les avoir plongées dans la sauce.
Nous regagnons notre tente repus. Demain, Jérôme a promis de venir nous réveiller pour la messe.

Acclamés à la messe

Le défi togolais
Nous sommes tirés du sommeil par le tintement de la cloche de la chapelle. Il est 5 heures. Contre toute attente, nous avons bien dormi. Une fois passée l’extinction des feux, les cochons ont cessé de grogner et de fouiller. Malgré leur odeur inconvenante, ils ne sont pas de si mauvais compagnons de chambrée (Il est à noter que dans des conditions d’élevage décentes, le cochon ne dégage pas plus d’odeur que n’importe quel ongulé. Privé de glandes sudoripares, il est toutefois contraint de se bauger dans la boue pour se rafraîchir. Ceci était un message de la ligue pour la réhabilitation sociale du cochon)
Jérôme ne tarde pas à rappliquer. « La messe va bientôt commencer. » Nous plions le bivouac et entreprenons de nous brosser les dents. Jérôme surgit à nouveau. « On vous attend pour commencer ».
En trottinant, nous rejoignons le petit édifice religieux où toute la communauté patiente assise sur des bancs en pierre scellés au sol. Il y a bien une trentaine de personnes. Les femmes à droite, les hommes à gauche. Dans la précipitation nous ne remarquons pas la séparation des sexes. Adeline s’assied à côté de moi. Albert commence la messe en moré, la langue de l’ethnie mossi, majoritaire dans le pays et dans le village. L’office dure une bonne demi heure et après la paix du Christ, notre hôte nous demande de rejoindre l’autel. Croyant avoir mal compris, nous hésitons. Mais ses signes de la main répétés confirment ce que nous avons entendu. « Pourvu qu’il ne nous demande pas de réciter quelque chose, sinon on est foutu », me dis-je en avançant d’un pas hésitant. Une fois au pied de l’autel, nous nous tournons vers l’assemblée des fidèles. D’un coup, ceux-ci se lèvent et un tonnerre d’applaudissements éclate. « Merci de la part de toute notre communauté », lance Albert. Nous nous inclinons, stupéfaits.
Sur le perron, tout le monde se presse pour nous serrer la main. Un peu déboussolés, nous cherchons Albert pour le remercier. Petit à petit, tout le monde gagne les champs voisins. Certains sont cultivés au profit de la communauté entière. Nous retrouvons notre hôte dans l’un d’eux. Des femmes, pliées en deux dans leur pagne coloré, font disparaître les mauvaises herbes à grands coups de houe. Je m’empare d’un outil et tente de les imiter provoquant l’hilarité générale. Adeline prend le relais. Les femmes l’encouragent et lui désignent les herbes à éliminer. Toute la journée durant, elles s’échineront le long des rangs d’arachide. Au coucher du soleil, elles rentreront préparer le repas et demain, à 6h, elles recommenceront, sans autre horizon que le bout du champ. En les observant, je repense aux applaudissements dans la chapelle. Nul doute qu’elles les méritaient bien plus que nous.

Top chrono au Togo

Le défi togolais
C’est un panneau dévoré par la rouille sur lequel on devine à peine l’inscription « République togolaise ». A quelques encablures se dresse le poste frontière. Nous quittons le Burkina mais demeurons dans la ville de Cinkassé, à cheval sur les deux pays. Nos passeports à la main, je me dirige vers le gros fonctionnaire en uniforme vert qui semble en charge des formalités d’entrée. Il est assis derrière un bureau en bois, installé en extérieur, une paire de tongs aux pieds. Ses bottes sont entre les mains d’un gamin qui s’évertue à les faire briller avec un chiffon sale. Après l’avoir salué, je tends nos passeports au policier qui les parcourt de son œil vitreux. Il sort alors une pile de formulaires de son tiroir qu’il me demande de remplir. Pendant que je m’applique à écrire en majuscules, mon nom, mon prénom, ma ville de naissance, ou encore le nom de mes parents, mon interlocuteur entreprend d’apposer sur nos pièces d’identité le timbre à 10000 francs CFA nécessaire à l’obtention du visa. Lui et ses doigts boudinés s’engagent dans une lutte à mort contre le peau de colle qui refuse de s’ouvrir sans couler. Je l’observe du coin de l’œil s’essuyer sur la nappe en coton qui recouvre son bureau. Après le collage, le tamponnage. L’homme en uniforme se saisit d’une boîte en bois de laquelle il extirpe une demi-douzaine de tampons encreurs. Avec la délicatesse d’un éléphant, il les applique un par un sur nos passeports faisant vibrer la table sur laquelle je suis toujours en train d’écrire.
Nous le savions. Les visas délivrés au poste frontière de Cinkassé sont temporaires. Ils sont valables une semaine et doivent ensuite être prorogés au service de l’immigration à Lomé. Le chrono vient de s’enclencher. Nous avons précisément sept jours pour traverser le Togo dans le sens de la longueur. Un contre la montre d’environ 700 km qu’il nous faut à tout prix remporter si nous voulons rester dans la légalité.


Le préservatif parlons-en !

Le défi togolais
Nous nous mettons en route avec entrain. Cinkassé-Togo n’est pas bien différente de Cinkassé-Burkina. Un détail toutefois nous interpelle. Des dizaines d’affiches 4X3 fleurissent sur le bord de la route, chacune d’elles délivrant un message de prévention sur le Sida, le palu, les violences sexuelles ou encore la grippe aviaire. A chaque fois, l’image est explicite. Il y a par exemple ces policiers, épaule contre épaule, avec le slogan, « le préservatif parlons-en avec nos partenaires » ou encore ce père de famille en train de discuter avec ses enfants surmonté de la mention « la sexualité, parlons-en à nos enfants » et puis cet homme au visage triste avec l’inscription « Vous n’aimeriez pas que cet homme couche avec votre jeune fille alors pourquoi couchez-vous avec la sienne ? ».
Des initiatives encourageantes dans un pays à l’histoire récente mouvementée. Après 38 ans au pouvoir, l’ancien sergent Etienne Gnassingbé Eyadema décède en 2005. Soutenu par l’armée, son fils Faure Gnassingbé, tente de s’emparer du pouvoir. Sous la pression de l’Union africaine et de la communauté internationale, il est toutefois contraint de démissionner. Des élections sont organisées. Elles se déroulent dans des conditions très controversées. Faure Gnassingbé est déclaré vainqueur. Mais dès l’annonce des résultats, des émeutes éclatent dans les principales villes. Elles seront violemment réprimées par l’armée, faisant 500 morts selon les estimations de la commission d’enquête nationale, plus de 800 selon la Ligue togolaise des droits de l'homme. De nombreux Togolais, environ 40 000, se réfugient dans les pays voisin, le Bénin et le Ghana. Le 3 mai 2005, Faure Gnassingbé prête serment et déclare qu’il se concentrera sur « la promotion du développement, le bien commun, la paix et l’unité nationale ». Depuis, le jeune président est parvenu à rétablir la confiance avec l'Union européenne après 13 ans d'embargo. De nouvelles élections sont en préparation pour 2010.

Promenade agricole

Le défi togolais
Les pluies abondantes des dernières semaines ont profité à la végétation. La campagne togolaise défile, verte et luxuriante. Les plans de maïs culminent à plus de deux mètres et ne laissent souvent dépasser que la paille des toits des huttes voisines. Nous passons notre première nuit au cœur du parc national de la Kéran. Le site semble malheureusement avoir été déserté par les animaux. Les émeutes de 2005, les pressions de l’élevage et de l’agriculture les ont sans doute conduits à aller voir ailleurs. Une famille de cultivateurs a mis à notre disposition un petit local dans lequel nous dressons la tente. Comme dans beaucoup d’endroits, seuls les ados et les enfants parlent français. Contrairement à leurs parents, ils ont l’opportunité d’aller à l’école. Durant les vacances, toutefois, ils retournent dans la famille pour aider au travail des champs. « Cela nous permet de nous payer les fournitures pour la rentrée », explique notre hôte (dont je n’ai malheureusement pas réussi à retenir le nom). Le garçon, vêtu d’un maillot de l’équipe de France, me dit avoir 22 ans. En septembre, il rentrera en 5e. Le jeune homme est bien conscient de son retard mais il tient à décrocher son BEPC. Après avoir essayé le tandem, il me guide avec ses copains à travers champs et me présente chaque culture. Le gombo pour faire la sauce, le piment encore vert, les arachides, le maïs et le coton en fleur. Il sera récolté en février. Comme chaque année, la coopérative locale offrira un cadeau au plus gros producteur. Le lendemain, nous franchissons notre 10000e km. Nous n’avons pas de champagne mais le ciel se charge d’arroser abondamment l’événement.

La dangereuse valse des camions

Le défi togolais
L’axe qui traverse le Togo du nord au sud est parcouru chaque jour par des centaines de poids lourds surchargés. Des tonnes de marchandises en provenance du Mali, du Burkina ou du Niger, transitent en direction du port de Lomé. Avec le conflit en Côte d’Ivoire, le trafic a encore augmenté. A ce cortège de camions souvent en piteux état, s’ajoute le ballet des taxis-brousse. Un calvaire pour les cyclistes que nous sommes. Les chauffeurs ne respectent qu’une seule règle : celle du klaxon. Après un coup d’avertisseur sonore, ils sont persuadés d’avoir le droit d’entreprendre n’importe quelle manœuvre, dépassement en côte, sur le bas-côté, à trois de front… Nombreux sont ceux qui finissent leur course folle dans le décor. Mais la vue des épaves calcinées sur le bord de la route ne leur inspire aucune méfiance. Plutôt mourir que d’appuyer sur le frein.
A la sortie de Kandé, la route s’élève brutalement sur les flancs d’une imposante colline verdoyante. Les ingénieurs des ponts et chaussées n’ont pas fait dans le détail. Trois ou quatre virages en lacets seulement pour trois bornes de montée abrupte. Et heureusement, car dans chaque tournant ou presque, un poids lourd s’est mis en travers ou a filé tout droit. Nous grimpons tant bien que mal en tenant d’éviter les camions qui descendent à moins de 5 km/h dans un concert de grincements de frein.
Même scène dans la passe d’Aledjo mais, cette fois, pendant 7 km. Sur les véhicules les plus poussifs, un homme est sorti s’asseoir sur le réservoir et patiente, une cale en bois à la main, au cas ou. Dans la descente, le goudron a été arraché et de larges ornières se sont formées. Là encore, de nombreux véhicules sont en panne. L’équipage dort tranquillement à l’ombre sous la remorque. Dans les derniers virages, un camion a fait le grand plongeon et gît désarticulé au fond du ravin. Toute sa cargaison, des boîtes de tomate concentrées, est éparpillée. Un militaire, un fusil d’assaut en bandoulière, veille à empêcher le pillage.

La quête du pneu

Le défi togolais
Nous tenons les délais, parcourant en moyenne 120 km par jour malgré les pluies et le relief vallonné. Lomé n’est plus qu’à 175 km et le visa expire dans trois jours. Pourtant depuis cinq kilomètres, nous n’avançons plus. Malgré nos efforts, nous ressentons la désagréable impression d’être collés à la route. Nous plafonnons à 11 km/h. Le vent souffle de face et nous ralentit encore. Nous prenons la décision de marquer une pause et mangeons les beignets et les bananes achetés au village précédent. Nous stoppons sur le bas-côté. La roue arrière est presque à plat. Une crevaison. La quatrième depuis que nous avons quitté Ouaga. Le problème, nous le connaissons. Notre pneu est en train de rendre l’âme. Son prédécesseur, fabriqué en Allemagne, nous a accompagné fidèlement pendant près de 10000 km. Celui-ci est « made in India » et après seulement 500 km, présente deux déchirures de plus de 10 cm sur les flancs. Nous réparons après avoir avalé notre petit-déjeuner. On voit presque le jour à travers le pneu. Combien de temps, cette réparation tiendra. Nous remontons en selle. Trois kilomètres plus loin, nous sommes de nouveau sur la jante. Nous ne pouvons plus continuer sur ce rythme. La prochaine ville est à 10 km. Je pars à pied en espérant y trouver un pneu de rechange tandis qu’Adeline reste auprès du vélo dans un petit hameau. Après un bon kilomètre, une moto s’arrête à ma hauteur. Elle transporte déjà un passager. Peu importe, le conducteur insiste pour m’accompagner jusqu’à Atakpamé. Je grimpe, la roue à la main, entre les deux motards et nous gagnons rapidement la grande ville. L’homme me dépose devant la boutique d’un mécanicien à qui j’expose mon problème. Il part à son tour à moto pour tenter de trouver un pneu à la bonne taille. Pendant ce temps, je discute avec deux hommes de l’arrivée des Chinois sur le territoire africain. Mes deux interlocuteurs sont ravis de voir ces nouveaux venus affluer dans leur pays. Et ils ont un argument de poids. « Pendant longtemps, la France et les pays occidentaux ont exploité nos ressources sans rien en retour. Les Chinois sont aussi ici pour faire des affaires mais ils nous construisent des ponts et des routes. Ils soutiennent des programmes d’aide au développement. Ils incitent même leur population à venir faire du tourisme chez nous », détaille t-il. Ils embrayent ensuite sur la politique étrangère de la France et salue l’arrivée de Sarkozy qu’ils trouvent plus « franc que Chirac qui copinait en douce avec tous les dictateurs du continent ». Je me contente de les écouter en hochant de temps en temps la tête. Le mécano ne tarde pas à rappliquer. En un quart d’heure, il a changé le pneu et monté une nouvelle chambre à air. Il me demande 6000 francs CFA (9 euros) et me propose de me raccompagner. Ce que j’accepte. Je retrouve Adeline assoupie à même le sol. Nous remontons la roue et filons. Nous avons perdu deux bonnes heures sur notre timing.

Le galion de Lomé

Le défi togolais
La pluie ne semble pas vouloir cesser ce matin là sur la ville de Notsé. Lomé n’est plus qu’à une centaine de kilomètres. Nous décidons de braver les gouttes et nous mettons en route. L’eau ruisselle sur mes lunettes et m’empêche de distinguer clairement la chaussée. Une vingtaine de kilomètres plus loin, un panneau indique que la route est barrée. Nous nous renseignons. L’année passée, des pluies diluviennes ont emporté le pont qui enjambait la rivière en contrebas. Il faut emprunter une déviation sur trois kilomètres pour franchir le cours d’eau. Nous bifurquons à gauche sur une piste totalement défoncée par les averses et le passage des camions. Nous ne tardons pas à être couverts de boue. Plus loin une passerelle métallique sur laquelle les poids lourds circulent au ralenti, nous permet de passer sur l’autre rive. A quelques centaines de mètres, en amont, nous observons une équipe chinoise s’afférer à la reconstruction du pont. Nous rejoignons le goudron un kilomètre plus haut. Il pleut toujours. Nous marquons une pause à Tsévié et dégustons des beignets et une sucrerie dans un maquis. J’ai les fesses à vif. Il est temps qu’on n’en finisse. Nous reprenons la route. La circulation devient plus dense à mesure que nous progressons. Nous nous faufilons au milieu du va et vient des deux-roues. Sur le bas côté, les constructions forment une ligne grisâtre ininterrompue. Nous passons devant la brasserie de Lomé. La capitale nous tend les bras. Nous nous enfonçons dans le cœur de la ville au milieu des motos-taxis. Nous dépassons l’ambassade américaine, gigantesque, puis nous apparaissent l’immeuble de la BCEAO (banque centrale des états d’Afrique de l’Ouest) et la tour de l’hôtel du 2 février culminant à 102 mètres. Deux motos gisent à terre, au milieu du trafic. Leurs propriétaires s’expliquent en haussant le ton, entourés par la foule. Nous longeons un étang saumâtre couvert de détritus puis gagnons des ruelles pavées plus calmes. Nous apercevons le cloché de la cathédrale. Autour de nous, de nombreuses maisons de style colonial. D’un coup Lomé a des allures de ville des îles. Nous débouchons sur l’océan, bordé de cocotiers. La plage et le boulevard de la République sont en cours de réaménagement. Nous dépassons la borne « Ghana 2 km », puis passons devant l’ambassade d’Allemagne. Nous touchons au but. L’auberge le Galion est là, à l’angle de deux petites rues en terre. La bâtisse et son balcon à l’ombre d’un immense badamier, nous apparaît enfin. Sur la terrasse, c’est l’heure du déjeuner. Des effluves de hachi parmentier viennent taquiner nos narines. Nous sommes accueillis par Yawo, un Suisse, qui avec son père tient le gouvernail de l’établissement depuis 2002. Nous déchargeons nos affaires et prenons nos quartiers à l’étage de cet édifice qui a autrefois accueilli Jean-Christophe Mitterrand ou Jerry Jawl Rawlings, ancien président du Ghana.

Lu 2614 fois



1.Posté par Baptiste le 30/08/2009 15:41
Salut les p'tits loup ! J'y crois à peine : Olivier, à la messe (debout à 5h du mat' !!), qui a failli faire un sermont, moi, je dis chapeau bas messieurs les Burkinabés ! c'est qu'ils ont failli te faire virer ta cuti religieuse !
La mondialisation à l'heure africaine, raconté par vous, c'est, vu d'ici, plutôt cocasse. J'imagine que vos histoires de visas sont maintenant réglés. Cela aurait été une drôle d' histoire : des sans-papiers (blancs) en Afrique, le monde à l'envers...
Bien à vous ! Bises
http://haijin-blog.over-blog.com/

2.Posté par alain keller le 30/08/2009 18:50
De retour d'Afrique nous avons passé de bons moments avec tes parents Olivier. Ils nous ont expliqué leur séjour au Burkina ainsi que tes soucis de santé...vous êtes repartis ce qui semble montrer que tu as retrouvé "la forme" ! Votre aventure africaine semble magique ! Nous vous suivont de près....Amitiés à vous deux des Hautes Alpes.
Cathy et alain

3.Posté par Xavier (Hotel Calypso de Banfora) le 30/08/2009 22:54
Bonjour à tous les 2!
je continue de lire vos aventures. Le récit est agréable et les photos sont magnifiques. Celles du Burkina m'ont rappelé les très bons souvenirs que j'en ai gardés.
Bonne continuation! Et surtout Bonne Santé (pas un vain mot là-bas!)

4.Posté par Greg Fortune le 02/09/2009 15:56
Salut les aventuriers !
Quel plaisir de vous lire à nouveau et de savoir que la santé va mieux pour Olivier, que vous avez pu reprendre la route... pour une nouvelle épopée grisante à découvrir, carte de l'Afrique et du Togo à l'appui...
Bonne continuation à tous les 2, mille merci pour vos récits qui me font aussi voyager par procuration... Quel(s) plaisir(s), j'en abuse sans modération !

5.Posté par ADJAKLO le 08/09/2009 23:33
je suis un jeune togolais qui vs soutient car ce n est facile et je souhaite bcq de courage ,
sante de fet, bne chance ke la nature vs protege et que vos voeux soient realise.
Baye.

6.Posté par Olivier le 11/09/2009 22:48
Bonjour à vous deux !

Votre blog est tout simplement génial. Bravo pour le tenir à jour aussi copieusement et aussi régulièrement. Et puis vos analyses sont vachement pertinentes je trouve.

Je continue à suivre votre aventure, j'ai les jambes qui me démangent dans mon bureau à Paris!
Bon courage pour la suite.

7.Posté par karine le 15/09/2009 18:57
Ca y est vous êtes à Lome... Mon premier séjour en Afrique, mon père travaillait à la construction de l'hotel du 2 février... Que de souvenirs !!! En tout cas, je suis heureuse de savoir que vous allez bien tous les deux... Et bravo pour le 10000e km !!! c'est génial. je vous embrasse bien fort tous les deux en attendant de vous lire dans vos prochaines aventures..

Nouveau commentaire :



Rejoignez-nous sur Facebook







Ils nous soutiennent

Nos sponsors
Nos partenaires sur le web

e-Voyageur Itinérances : Annuaire des Voyages et des Activités de Plein Air Carnets de voyage : annuaire et concours Partagez vos Photos et Carnets de Voyage