Promenade, paella et jante cassée

Pause réparatrice à Murcie, découverte de la ville et des spécialités gastronomiques locales mais également incident mécanique, voici le journal de bord de la semaine écoulée.



Promenade dans Murcie

La cathédrale de Murcie
La cathédrale de Murcie
Lundi 9 février

Les thermomètres qui nous font de l’œil presque à chaque carrefour indiquent en caractères jaunes, 23 degrés. Nous qui souffrions, il y a deux jours encore, des morsures du froid, savourons la chaleur des rayons du soleil qui filtrent à travers les fenêtres de la voiture de Jean-Baptiste. Le véhicule file le long d’une large avenue dont une rangée de palmiers délimite les voies de circulation. De chaque côté de la chaussée, d’innombrables villas cossues, toutes identiques, semblent avoir poussé comme des champignons. Rutilants 4X4 devant les portes de garage, gazon rasé de près, points de contrôle et service de sécurité privé, on pourrait se croire au cœur d’une banlieue chic de Californie. « Il y a dix ou quinze ans tout cela n’existait pas », explique notre hôte au volant. La fièvre de l’urbanisation et son cortège de malversations et de coups fourrés, ont enrichi les uns, ruinés les autres et irrémédiablement changé le visage des lieux. Aujourd’hui, la crise a mis un coup d’arrêt à la hausse des prix. L’industrie du bâtiment fait grise mine, les entreprises mettent la clé sous la porte abandonnant des constructions à demi achevées sous les échafaudages.
Les guides touristiques s’ils vantent les mérites d’Alicante et des cités balnéaires voisines, n’évoquent que rarement Murcie, retirée à 40 km dans les terres. Et pourtant, la capitale de la région qui compte près de 350000 âmes, n’est pas exempte d’intérêt. Pour apprécier son charme, il faut pénétrer dans le cœur de la cité, là où l’Histoire a marqué chaque pierre de sa griffe. Dans les pas de Jean-Baptiste, nous déambulons dans des ruelles commerçantes encore alanguies par le poids du soleil de l’après-midi. « Vers 17 heures, toutes les boutiques ouvriront. Le quartier deviendra alors très animé », commente notre ami, reconverti en guide touristique pour l’occasion.

Le cloître de l'université
Le cloître de l'université
Murcie clame ses origines musulmanes. Protégés par un souterrain, les vestiges de la muraille, bâtie du temps des minarets, sont veillés comme un joyau. Avec ses 2700 m de circonférence, ses 14,5m de hauteur et ses 6,25 m d’épaisseur, le rempart comptait parmi les plus solides de l’époque. Après la reconquête, on édifia des églises en lieu et place des 20 mosquées de la ville. La plus illustre d’entre elles est sans doute, la cathédrale de la place Belluga, dont les travaux débutèrent en 1388 et ne furent achevés que quatre siècles plus tard. Il est de coutume de prendre un café à l’ombre du clocher. Nous sacrifions à la tradition. Le carillon rappelle à Jean-Baptiste qu’un rendez-vous l’attend au lycée français où il enseigne les mathématiques. Nous poursuivons notre promenade au hasard des rues et voguons de place en place comme le conseille la brochure que nous avons dénichée. Nous restons béats devant le spectaculaire ficus planté en 1893 au beau milieu de la place Santo Domingo, apprécions l’improbable mariage des bow-windows et des palmiers, place de Las Flores et observons les reflets de la lumière déclinante dans la fontaine de la place Santa Catalina. Nos pas nous conduisent encore dans l’enceinte de l’université. L’ancien couvent a conservé son cloître à deux étages et ses élégantes arcades. Nous longeons enfin les arènes et leur 15000 places sur lesquelles des affiches colorées mettent en scène un toréador terrassant un taureau sanguinolent…
La nuit est tombée. La ville revit. Les rues s’animent. Jean-Baptiste nous a rejoint et nous entraîne dans un bar à tapas. Assis au comptoir, nous voyons défiler dans nos assiettes, les spécialités culinaires locales, légumes à la plancha, viande de porc, pains à la tomate… Bercé par le brouhaha des conversations et les cliquetis des fourchettes, je savoure chaque plat avec une gorgée de vin. L’estomac en effervescence nous quittons les lieux. Dehors, il fait à peine
frais.

Les arènes
Les arènes
Nous poursuivons notre promenade au hasard des rues et voguons de place en place comme le conseille la brochure que nous avons dénichée. Nous restons béats devant le spectaculaire ficus planté en 1893 au beau milieu de la place Santo Domingo, apprécions l’improbable mariage des bow-windows et des palmiers, place de Las Flores et observons les reflets de la lumière déclinante dans la fontaine de la place Santa Catalina. Nos pas nous conduisent encore dans l’enceinte de l’université. L’ancien couvent a conservé son cloître à deux étages et ses élégantes arcades. Nous longeons enfin les arènes et leur 15000 places sur lesquelles des affiches colorées mettent en scène un toréador terrassant un taureau sanguinolent…
La nuit est tombée. La ville revit. Les rues s’animent. Jean-Baptiste nous a rejoint et nous entraîne dans un bar à tapas. Assis au comptoir, nous voyons défiler dans nos assiettes, les spécialités culinaires locales, légumes à la plancha, viande de porc, pains à la tomate… Bercé par le brouhaha des conversations et les cliquetis des fourchettes, je savoure chaque plat avec une gorgée de vin. L’estomac en effervescence nous quittons les lieux. Dehors, il fait à peine
frais.

Paella party

La paella d'Olympia
La paella d'Olympia
Mardi 10 février

Nous ne pouvions quitter l’Espagne sans sacrifier à la tradition de la paella. La maman d’Olympia nous a fait l’honneur de nous inviter à en partager une de sa conception. Lorsque nous poussons la porte de la cuisine, notre hôte du jour s’affère autour d’une large poêle noire posée sur un réchaud à gaz. Pleine d’entrain, elle dispose au milieu du riz qui mijote gambas, seiches, moules et autres crustacés. Du plat, s’échappent des effluves exaltantes qui affolent mes papilles. « Je chronomètre la cuisson à la minute », révèle notre cuisinière en ajoutant les derniers éléments à sa recette. « Le secret, c’est de mettre du riz rond et jamais du riz long », poursuit-elle. « Pour le reste, chacun a sa technique maison ».
Nous prenons place autour de la table. En guise de mise en bouche, la maman d’Olympia a préparé quantité de petits pains à déguster couverts d’aïoli. Je les dévore avec un appétit d’ogre. La paella est à point. Notre hôte l’apporte encore bouillonnante jusqu’à nous. « A l’origine, chacun formait un triangle avec le riz et mangeait à même le plat », explique t-elle tout en garnissant abondamment nos assiettes. En bouche, chaque ingrédient révèle ses plus beaux atours dans un concert, un festival de saveurs. Je termine ma part, me laisse resservir et ne me fais pas prier pour finir les restes d’Adeline. Depuis que notre voyage a débuté, j’ai un appétit gargantuesque. Je me lèche les babines en voyant arriver le dessert. Des pommes au four délicieusement caramélisées et garnies de raisins secs. J’en avale deux, tout rond. La glace qui suit a toutefois raison de mon estomac sans fond. Une fois la dernière bouchée engloutie, je n’aspire plus qu’à une chose, dormir. Il est quatre heures passées, lorsque nous rentrons chez Olympia. A peine arrivé, je m’endors comme une masse. La sieste durera trois longues heures.

Dans le verger de l'Europe

Olympia, Morgan et Jean-Baptiste
Olympia, Morgan et Jean-Baptiste
Mercredi 11 février Molina de Segura- Aguilas 135 km

C’est une alchimie que l’on ne rencontre que rarement. Un savant mélange de spontanéité, de de joie de vivre et de chaleur humaine. Entre les murs de la maison d’Olympia, nous goûtons à cette plénitude. Dans cette paisible atmosphère égaillée par les rires de Morgan, son petit bout de chou de 7 mois, nous nous sentons bien. A l’heure des au revoir, nous peinons à trouver les mots pour remercier notre hôte de sa générosité. Puisqu’il faut poursuivre notre route, nous partons. Un dernier geste d’adieu. Nous nous retournons. Nos cœurs sont légers, nous respirons la sérénité. Nous savons que des gens merveilleux existent, là-bas sous les citronniers.

Les serres
Les serres
Qu’il est agréable de progresser facilement sous les rayons déjà puissants du soleil matinal. Pour la première fois depuis plusieurs jours, la route est plate. Les kilomètres défilent à vive allure sur le cadran du compteur. On a baptisé la région de Murcie, le verger de l’Europe. Un surnom qui n’est pas usurpé. A perte de vue dans les vallons, des champs de citronniers et d’orangers sont balayés par un va et vient permanent de tracteurs. Des hommes, principalement d’origine nord africaine, s’affèrent à remplir des caisses d’agrumes. Plus loin, les flancs de la montagne nous renvoient des reflets lumineux, presque aveuglant, comme si les pentes étaient tapissées d’un épais manteau neigeux. Sur des dizaines d’hectares, des bâches de plastiques tendues à hauteur d’homme, confèrent au paysage des allures extraterrestres. Sous ses serres gigantesques, on cultive la tomate. Des millions de tomates. Par endroit, le vent a lacéré la toile et des pans de plastiques immenses se sont répandus sur plusieurs kilomètres à la ronde. La montagne ressemble à une vaste décharge. Est-ce le prix à payer pour que l’Europe savoure à longueur d’année fruits et légumes frais ?
L’itinéraire que j’ai tracé sur internet est imprécis. Nous nous perdons et nous égarons encore. Le vent s’est levé et nous apporte avec lui l’odeur pestilentielle des immenses porcheries qui se dressent sur les rares terrains laissés vacants par les serres. Déjà 110 km. Aguilas se fait désirer. La route si plate jusqu’à présent se redresse brutalement et fait souffrir nos mollets usés par une journée d’effort. Nous grimpons pendant 10km. Las. Le sommet se dessine enfin si loin. Derrière la montagne, le soleil sombre dans l’écume grisâtre de la Méditerranée et éclaire de ses derniers rayons la pénombre d’une lueur orangée. Un inattendu sentiment de plénitude m’envahit dans la descente. Bref instant de répit. Le vélo soudain s’arrête de lui même en pleine pente. A la frontale, nous tentons d’identifier le problème. En vain. En désespoir de cause, nous détachons les freins arrière. La résistance disparaît, nous nous enfonçons dans la nuit.
L’hôtel brille comme un phare sur le bord de la voie rapide. Nous y pénétrons comme dans un refuge. Les bagages retirés, nous nous penchons à la lumière des néons sur la roue arrière. Une épaisse balafre cisaille la jante sur plus de dix centimètres. Misère…

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