Rambouillet-Joyeuse : une mise en jambes musclée

Ce devait être une mise en jambes, une période de réglage. Cette première semaine de voyage, menée tambour battant, nous a tout de suite plongés dans le vif du sujet. Au programme météo capricieuse, découverte accélérée de la montagne et maux de postérieur aigus. Au total plus de 670km particulièrement éprouvants marqués heureusement par la traversée de paysages magnifiques et de rencontres inattendues. Récit.



Rambouillet-Joyeuse : une mise en jambes musclée
Pour les feignants qui n’ont pas le courage de lire les tartines qui suivent, voici un résumé de cette première semaine en chiffres.

Rambouillet-Joyeuse
678 km
7 étapes
Point culminant : 1275 m
Chute : 1
Mal aux fesses : 1 (bien sévère)
Ennui mécanique : 0
Engueulade : 0


Dimanche 11 janvier. Rambouillet-Jargeau (Loiret), 120km


Rambouillet-Joyeuse : une mise en jambes musclée
-13° degrés au thermomètre ce matin en ouvrant les volets et sans doute pas loin de -10 lorsque nous donnons notre premier coup de pédale face à la mairie de Rambouillet. En guise d’échauffement, nous mettons cap sur Clairefontaine-en-Yvelines où sera donné le départ officiel. Ils sont plusieurs dizaines sur la place du village, parents, amis, voisins, élus ou simples connaissances à avoir bravé le froid pour nous voir partir. Leur présence nous réchauffe le cœur. Les mains et les pieds, en revanche, souffrent malgré l’épaisseur des gants et des chaussettes. Un dernier au revoir, top départ : le maire a donné le signal. Nous nous élançons partagés entre la tristesse de quitter les nôtres et l’impatience de goûter à cette liberté dont nous rêvons depuis des mois.
Le soleil est de la partie et ses rayons en se faufilant à travers les arbres, subliment les sous-bois enneigés de la route de Louareux. Pourquoi partir si loin alors que la beauté est à nos portes ?
La chaussée, elle aussi, est recouverte d’un épais manteau blanc. Un comble, les premiers kilomètres de Tand’Afrika ont des allures de Trophées Andros. Nous progressons lentement sur cette patinoire, escortés par une dizaine de courageux à vélo. Sur la plaine d’Ablis où commencent les mornes étendues venteuses de la Beauce, quatre chevreuils improvisent devant nous un ballet sur glace.
Bientôt, nous sommes seuls. Dans les quelques villages que nous traversons, il n’y a pas âme qui vive. Leur rue principale semble à l’abandon, pétrifiée par la neige. Nous traversons notre premier désert. Un vaste désert blanc.
Par endroit la couche immaculée nous contraints de mettre pied à terre. Nous insistons. C’est la première chute, le nez dans la poudreuse.

Nous rejoignons l’après-midi des routes plus fréquentées. La neige disparaît. Nous traversons Crottes-en-Pithiverais et « poussons » pour le plaisir (et pour la photo) jusqu’à Chilleurs-aux-Bois. Sans doute a-t-on fait de l’art de baisser culotte une fierté locale.
Le soleil décline et Jargeau (Loiret) notre premier objectif est encore loin. Nous traversons la Loire à la nuit tombée. Après 120 km, la porte de l’appartement de Raphaël, le cousin d’Olivier, s’ouvre enfin. Nous savourons un plat de pâtes et nous glissons dans nos duvets. Le rideau tombe sur la première journée de Tand’Afrika.
Rambouillet-Joyeuse : une mise en jambes musclée

Lundi 12 janvier. Jargeau-Saint-Loup sur Cher (Loir-et-Cher) 81km

Jean-François, le père d’Olivier, est venu à notre rencontre à vélo quelques kilomètres avant la fin de l’étape. La Sologne, ses étendues humides et ses vastes étangs nous entoure. Nous sommes en terre de chasse mais pour nous c’est surtout le territoire du gibier. Le vélo est un moyen de transport discret. Habitués aux pétarades des fusils et aux ronflement des 4X4, les ragondins, faisans, lièvres ou chevreuils ne perçoivent qu’au dernier moment le léger feulement de nos pneus sur l’asphalte. C’est un plaisir de pouvoir les observer d’aussi près.
Aujourd’hui, l’étape est courte et ne présente que peu de difficultés. Nous traversons le Cher sur les coups de quinze heures. Un dernier effort et nous atteignons Saint-Loup, perché sur les hauteurs du Fleuve. Les grands-parents d’Olivier nous accueillent. Le maire, en personne, vient nous salué et nous invite à aller présenter notre projet au sein de l’école. Un journaliste de la Nouvelle-République couvre l’événement.


Mardi 13 janvier. Saint-Loup, Culan (Cher) 106 km.

Les lois de la gravité sont cruelles. Dans les côtes, les quelques 20 kilos que nous tractons, remorque comprise, nous attirent inexorablement vers l’arrière. Aujourd’hui, nous prenons pleinement conscience de la difficulté de l’exercice. Le terrain se fait plus vallonné. Les montées succèdent aux descentes sur des dizaines de kilomètres. Quand le relief se fait plus escarpé, nous faisons appel au petit plateau et montons à 8 km tout au plus. Frustrant, usant. Fatigués par cette journée placée sous le signe des montagnes russes nous décidons de ne pas poursuivre jusqu’à Montluçon comme prévu et cessons notre effort à Culan. Nous demandons l’hospitalité dans une ancienne ferme à la sortie de la ville. Cette première tentative est la bonne. Nous sommes accueillis bras ouverts.


Mercredi 14 janvier. Culan-Clermont-Ferrand 116 km.

Déjà, les Monts d’Auvergne se profilent devant nous. Nous regrettons les montées d’hier et escaladons à vitesse réduite des côtes qui ressemblent de plus en plus à des cols de montagne. Nous traversons des villages déserts. Les commerces ont fermé leurs portes, des panneaux « A vendre », barrent les façades de la plupart des maisons. Pour ajouter à l’atmosphère morose de cette journée, il se met à pleuvoir. Nous mangeons trempés une terrine de lapin en boîte sous un abri bus hors d’âge qui n’a d’abri que le nom. Tand’Afrika ne sera pas toujours rose. Aujourd’hui, tout est gris.
Le moral revient en fin de journée. Nous atteignons Riom vers 16h30. Clermont est à nos pieds. Du moins le croit-on. Nous sommes en réalité attendus à Orcine, un village voisin, perché à 900m d’altitude. Guy, un lointain cousin d’Adeline y possède une maison et nous a proposé le gîte et le couvert. Nous nous remettons en route. Malheureusement, nous ne choisissons pas la bonne. Une heure plus tard, nous tournons encore sur les rocades encombrées de Riom alors que la nuit tombe. Las nous appelons Guy, qui descend récupérer notre convoi à la dérive avec son pick-up. Le moral est dans les chaussettes. Le repas de Guy et sa bonne humeur, nous remet vite d’aplomb.


Rambouillet-Joyeuse : une mise en jambes musclée

Jeudi 15 janvier Clermont-Ferrand-Saint-Germain l’Herm (Puy-de-Dôme) 65 km

Cette fois-ci, c’est la montagne la vraie, avec les cols en lacets, la neige et les sapins. En début de journée, la vue époustouflante sur le Puy de Sancy emmailloté dans son Damart de flocon a donné le ton. Aujourd’hui, il faudra grimper. Donc, nous grimpons et nous grimpons encore, un, trois, cinq, dix kilomètres. Nous marquons la pause régulièrement pour soulager nos postérieurs ( ah oui, qu’est-ce qu’on a mal au c*l) et les genoux d’Olivier qui depuis le matin le font souffrir. Des camions citernes remplis de lait nous dépassent à intervalles réguliers. Hormis ces véhicules, le trafic est relativement peu important. Nous savourons la quiétude de l’altitude, incapables de prononcer un mot dans l’effort. Vers 17h, c’est la délivrance un panneau annonce le sommet du col à 1025m. Saint-Germain l’Herm s’offre à nous, les pieds dans la neige. En revanche, personne ne semble disposer à nous accueillir. On nous renvoie vers la mairie. Un conseiller nous prend sous son aile et nous ouvre un des chalets du camping municipal pour passer la nuit.

Rambouillet-Joyeuse : une mise en jambes musclée

Vendredi 16 janvier. Saint-Germain-Le Puy (Haute-Loire) 72km

Une mince pellicule de givre recouvre le tandem. Il a fait -10 cette nuit. Notre bienfaiteur d’hier nous offre le petit déjeuner et un pain à l’huile d’olive pour goûter aux saveurs locales. Dans la descente qui conduit à Saint-Alyre-d’Arlanc, village qui semble avoir vouer son existence aux champignons en boîte, Olivier revêt sa cagoule, le nez endolori par le gel. Les rayons du soleil que filtrent les branches des sapins couverts de neige, nous offrent un spectacle lumineux à couper le souffle. Nous grimpons encore aujourd’hui mais plus modérément. Il est tout juste 15 heures quand apparaît sur notre gauche la forteresse de Polignac dressée sur son rocher comme une vigie à l’entrée du Puy. Puis c’est Notre-Dame-de France qui révèle ses tons vermillon du haut de son promontoire. Le Puy est décidemment une ville qui se visite les yeux vers le ciel. Notre regard s’attarde en direction du rocher Saint-Michel où trônent à 82 m une chapelle érigée en 962 par l’évêque locale revenu d’un pèlerinage à Saint-Jacques. Epoustouflante réalisation.
Ce soir, nous dormons à l’hôtel. Guy, notre bienfaiteur de Clermont dispose d’un réseau aussi vaste que l’Auvergne. Un de ses amis nous invite dans son établissement.
Rambouillet-Joyeuse : une mise en jambes musclée

Samedi 17 janvier. Le Puy-Joyeuse (Ardèche) 118km
Jamais nous n’y parviendrons. C’est le sentiment qui m’envahit (c’est Olivier qui cause) lorsque nous entamons la côte qui conduit hors du Puy. 10 km de montée escarpée avec une douleur à l’arrière train insoutenable et un vent de face qui nous ferait presque reculer. Nous plafonnons à 6 km/h parfois moins.
Puis la côte se fait plus douce pendant quelques centaines de mètres seulement. Nous mettons 5 heures pour effectuer les 52 km qui nous conduisent à 1300 m d’altitude. Nous pénétrons en Ardèche. Adeline ne peut contenir le chant patriotique qui lui brûle la poitrine. Des congères de plus d’1,50 bordent la route. Nous passons devant la célèbre auberge rouge. Un vent violent traverse le plateau enneigé qui s’étend face à nous. Il nous faut pédaler dans les faux plats descendants pour dépasser les 10km/h. J’enrage « Même vos descentes, elles montent ! »
Enfin c’est le col de la Chavade et le début de la descente. Nous glissons à travers les nuages et enfin l’Ardèche se profile encaissée en contrebas entre les montagnes dont les blocs rocheux revêtent des couleurs allant du rose au vert bouteille.
Adeline sent l’écurie. Nous accélérons. Aubenas n’est plus loin. Nous traversons la ville bride abattue et mettons cap sur Joyeuse à plus de 30 à l’heure. Nous croisons Gisèle, la maman d’Adeline à moins d’un kilomètre du but. Puis, c’est Luc son père qui nous emboîte la roue dans la dernière montée en centre-ville. On nous klaxonne, on nous photographie. Nous avons atteint notre but, un pas de fourmi comparé à l’immensité de notre périple, un petit pas de rien du tout s’il n’était le premier.
Rambouillet-Joyeuse : une mise en jambes musclée

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1.Posté par François AGNES le 01/09/2009 17:57
Dimanche 13 janvier. Rambouillet-Jargeau (Loiret), 120km
Il s'agit bien sûr du Dimanche 11 janvier 2009.




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