Sur les routes espagnoles



A la frontiere

Sur les routes espagnoles
Mardi 27 janvier St Cyprien (Pyrénées Orientales) Roses (Catalogne) 87 km

L’Espagne se mérite. Pour atteindre la frontière, il faut franchir une muraille monumentale : les Pyrénées. Pour venir à bout de cet obstacle naturel, deux solutions. Mettre le cap vers l’Ouest et rejoindre le col du Perthus ou longer la côte en direction de Port-Bou. Nous optons pour la seconde possibilité, persuadés que le dénivelé sera moindre. Passé Argelès-sur-Mer, nous constatons qu’il nous faudra tout de même grimper fortement. Les Pyrénées au lieu d’aller mourir tranquillement dans les eaux ardoises de la Méditerranée, se jettent brutalement dans l’écume. La route longe la corniche, monte, descend, tournicote. Un vent violent nous accompagne. Lorsqu’il nous est favorable, nous grimpons les côtes à 12km/h sans pédaler. Quand, il nous fait face, il nous faut nous démener comme des forcenés pour atteindre 5km/h. Nous marquons une pause à Collioure. Sous le doux soleil du mois de janvier, la perle de la côte vermeille resplendit de toutes ses couleurs.
Nous passons Port-Vendres, puis Banyuls et enfin les toits de tuile de Cerbère apparaissent en contrebas. Voici, le bout du bout de la France. Le cap est balayé par des rafales extrêmement puissantes. Alors que nous entamons la montée du col qui conduit en Espagne, une bourrasque nous déséquilibre. Nous manquons de nous étaler sur la chaussée.
Après quatre kilomètres de montée, l’ancien poste de douane se profile à l’horizon. A l’intérieur, deux gardes civils patibulaires nous dévisagent, nostalgiques sans doute, du temps où ils fouillaient chaque véhicule franchissant la ligne imaginaire. Au sommet du col, le vent se déchaîne. Tant bien que mal, nous posons devant le panneau bleu marqué Esp­a­­­­na. Les rafales nous poussent contre le rail de sécurité. Derrière, nous apercevons Port-Bou plusieurs centaines de mètres plus bas. Impossible d’amorcer la descente à vélo. Le vent nous ferait chuter. Nous marchons agrippés au tandem jusqu’à ce que les bourrasques se calment un peu. La route remonte encore à la sortie de Port-Bou. Nous achevons la journée par l’ascension d’un col de 7 km. Au sommet, nous nous laissons descendre sur Roses. Le soleil tombe comme une pierre en fusion derrière les montagnes enneigées et illumine la vallée d’un feu d’artifice rose orangé. Nos hôtes sont suisses-allemands. Ils n’ont pas de chambre à nous proposer, mais leur van Volkswagen dans le jardin peut nous accueillir. Nous acceptons avec plaisir. Lorsque nous fermons les yeux, le vent vient encore nous tourmenter en agitant la caisse du vieux fourgon où nous dormons.

Première crevaison

Sur les routes espagnoles
Mercredi 28 janvier Roses-Tossa de Mar 106 km
Après la montagne, la plaine. Nous filons le lendemain à travers les champs et les vignes d’où émane une forte odeur de lisier. Notre carte n’est pas suffisamment détaillée. Nous nous égarons. Avec nos connaissances très limitées en espagnol (c’est un euphémisme) pas facile de demander son chemin. La technique consiste à interpeller les passants en criant « ola » puis à lui indiquer le nom de la ville où nous voulons aller. Nous écoutons ensuite les explications en prêtant particulièrement attention aux gestes. A force de tâtonner, nous finissons par retrouver notre route. Malheureusement, celle-ci sans crier gare se transforme en 2x2 voies. Les panneaux de signalisations sont bleus. Est-ce une autoroute? En tous cas, l’axe est équipé d’une bande d’arrêt d’urgence. Nous l’empruntons faute de mieux pendant cinq kilomètres en serrant les fesses. La Costa Brava est couverte de cicatrices de béton. Si les cités balnéaires que nous traversons sont relativement tranquilles, j’imagine l’affluence qui doit régner au mois de juillet. Partout des camping, des hôtels, des immeubles sans charme couverts de pancarte « à louer ». Après St Feliu de Guixols, la route monte en lacet sur la corniche qui surplombe la mer. L’urbanisation se fait plus rare. Seules d’immenses villas accrochées à la falaise signalent une présence humaine. 20 km de montagnes russes et nous atteignons Tossa de Mar. Avant d’enter dans la ville, un violent claquement nous fait sursauter. La chambre à air de la roue arrière a éclaté sans raison apparente. Première crevaison. Nous démontons la remorque et réparons en vitesse. La nuit est tombée. Nous errons pendant une demi-heure dans la cité balnéaire avant de nous résoudre à aller à l’hôtel faute de mieux.
Prochaine étape Barcelone.




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