Togo trip (1)

Voici la première partie du récit retraçant notre séjour au Togo. Au programme football, gastronomie et taxi-brousse.



Togo trip (1)
Où avons-nous mis les pieds ? Autour de nous, la marée humaine ne cesse de prendre de l’ampleur. Nous jouons des coudes pour nous aménager un espace suffisant pour respirer. En vain, la déferlante jaune et verte nous comprime et nous entraîne toujours plus vers l’avant. On m’écrase les orteils, malgré la douleur, je les serre pour ne pas perdre mes tongs. Derrière moi, un supporter en transe souffle dans une corne à s’en faire éclater les poumons, sur ma gauche, on hurle de colère de se faire ainsi malmener. Seule de hautes grilles aux pointes acérées semblent contenir la démence de la foule. Derrière, se dresse le grand stade de Lomé. Dans un peu plus d’une heure, l’équipe nationale de football affrontera le Maroc dans le cadre des qualifications pour la coupe du monde. La première rencontre organisée dans la capitale togolaise depuis deux ans et un match contre le Mali qui avait tourné au pugilat. Si les Eperviers l’emportent, ils conserveront toutes leurs chances d’aller en Afrique du Sud. Sinon…

Allez les Eperviers !

Photo Wouter Vaenelst
Photo Wouter Vaenelst
Hissés sur les piliers de l’enceinte, des policiers en treillis bleus et gris font entrer les spectateurs au compte goutte, un long bâton à la main. Nous n’avons pas choisi la bonne file. Sans raison apparente, la porte devant laquelle nous patientons est fermée presque sous notre nez. Aussitôt, c’est la ruée sur la rangée voisine. On se précipite sous et au-dessus de la barrière en métal qui délimite les deux couloirs. Ceux qui ont choisit de s’accroupir pour franchir l’obstacle manquent de se faire piétiner. Les fonctionnaires en treillis interviennent en menaçant les esprits les plus échauffés de leur matraque. Un mouvement de foule, une bousculade et c’est la tragédie.
Enfin, nous pénétrons dans l’enceinte du stade et échappons à la vague des supporters qui n’en finit plus de grossir. A l’intérieur, des hommes en armes toisent chaque nouvel arrivant. La sanction prononcée en 2007 a porté ses fruits. Adeline et Emilie, une amie venue nous rejoindre à Lomé, sont fouillées par des femmes policiers. Avec Wouter, un voyageur bruxellois descendu depuis sa Belgique natale en Opel Corsa, nous échappons au contrôle mais on vérifie nos billets avant d’accéder aux tribunes.
Nous avons acheté les précieux sésames, la veille, auprès d’un pompiste d’une station Total (vous ne viendrez plus chez nous par hasard). Nous les avons payé 3000 francs CFA (4,5 euros). Juste pour voir… Une fois face à la pelouse, nous nous prenons au jeu. Les filles s’achètent un foulard jaune frappé d’un épervier. J’opte pour une calotte jaune et verte du plus bel effet (j’avais besoin d’un couvre-chef pour me protéger du soleil qui tapait particulièrement fort cet après-midi là et non, vous ne verrez pas de photos ! )
Face à la plupart des supporter togolais, nous faisons pourtant pâles figures. Les plus acharnés se sont intégralement recouvert le corps des couleurs nationales. L’ambiance cependant reste calme. Wouter se charge de mettre de l’animation dans notre tribune. Il frappe dans ses mains en criant Togo et nos voisins reprennent, amusés de voir un yovo (blanc en éwé, la langue locale) ainsi encourager leur équipe. Au premier rang, le ton monte à cause d’une banderole que le vent soulève et qui cache la vue. On manque d’en venir aux mains. Heureusement, la police veille au grain et, encore une fois, calme les esprits.

Match nul

Photo Wouter Vaenelst
Photo Wouter Vaenelst
Enfin, les deux équipes entrent sur le terrain. Le stade qu’on croyait presque endormi, se réveille en sursaut. Derrière nous, un orchestre tout entier a surgi d’on ne sait où. Au rythme des cuivres et des percussions, la foule saute et se déhanche. Au nom d’Adebayor, la vedette nationale qui jouait jusqu’à l’année passée à Arsenal et qui a été transférée à Manchester City cette saison, le stade explose. Le coup d’envoi est donné. Les Marocains n’ont pas le temps de prendre leurs marques. Dès la troisième minute, Salifou, un attaquant togolais, ouvre le score. Le tableau d’affichage restera figé jusqu’à la 93e minute. Persuadés de l’avoir emporté, les Eperviers ont relâché leur vigilance et l’attaque marocaine en a profité pour trouver le chemin des filets. Grosse déception dans les gradins. Avec un match nul, ce sont les espoirs d’une qualification pour le mondiale qui s’éloignent. On soupire, on se cache le visage dans la paume des mains. Beaucoup quitte le stade, dépités. L’arbitre relance le match pour les derniers instants. Il n’y aura pas de miracle. Les deux équipes se séparent sur le score de 1-1. Dehors, on tente de relativiser. Certains soufflent encore dans leurs trompent. La foule reprend la direction du centre-ville et cherche à arrêter un zem (moto-taxi) ou un taxi. La police, toujours, veille. Il n’y aura pas de débordement.

Al Donald

Togo trip (1)
Ce ne sont pas les restaurants qui manquent à Lomé. Libanaise, chinoise, mexicaine, italienne, indienne, française, les cuisines du monde entier exhalent leurs parfums sur les trottoirs de la capitale togolaise. Sur le boulevard du 13 janvier qui conduit à l’océan, trône même un Al Donald. Enseigne jaune et rouge, coca, burgers, le fast-food est presque la copie conforme de son grand frère américain.
Mais pour qui veut apprécier la cuisine du pays (et par la même occasion limiter ses dépenses), la meilleure solution reste encore de s’asseoir dans un maquis ou sur les bancs d’une des nombreuses vendeuses de rue qui occupent la ville. C’est ainsi que nous avons rencontré Madeleine. La quarantaine, vêtue à l’européenne, le verbe facile, elle nous a entraîné sous son kiosque d’une tape dans le dos très maternelle. Madeleine a dressé ses fourneaux sous un abri de tôle juste en face de chez elle. A l’intérieur, deux bancs, deux tables et un brasero pour faire chauffer les poêles et les marmites. Rachel, sa fille, qui rentre en 4e l’aide à faire tourner la boutique.

Fufu

Togo trip (1)
Au menu, on trouve les grands classiques de la cuisine togolaise. A commencer par la pâte de maïs ou de mil accompagnée d’un bol de sauce tomate (avec du poisson et du piment) ou de sauce adémé (une sorte d’épinard). A la carte également, l’akpan, de la pâte fermentée conservée dans un emballage de feuilles encore vertes ou des patates douces et des ignames fris. Pour les plus gourmands (c’est mon cas), Madeleine confectionne de copieuses assiettes où se mélangent spaghettis sauce tomate, ignames fris, beignets banane et saucisses de volailles. Un cauchemar pour les nutritionnistes mais une recette miracle pour calmer les estomacs les plus insatiables. Pour ouvrir l’appétit, notre cuisinière offre l’apéritif : un bouchon de sodabi, du vin de palme distillé. Corsé. En dessert, un ananas gorgé de sucre, coupé en tranches ou des « yovo zi », littéralement « la noix des Blancs ». En général, l’addition ne dépasse pas un euro pour nous deux et en plus Madeleine nous invite à partager ses secrets culinaires. Pour apprendre à confectionner les beignets banane, Adeline s’est levée avant 6 heures du matin. Ce jour là, les « beignets de la Blanche » se sont vendus comme des petits pains. Le midi suivant, elle s’est vue enseigner la technique du fufu, une pâte obtenue après avoir passé au pilon de l’igname ou du manioc.



Le coin des habitués

Togo trip (1)
Chez Madeleine, on retrouve chaque midi les mêmes habitués. Il y a l’intendant du collège voisin qui prend un malin plaisir à nous raconter qu’au Togo, on apprécie la viande de rat, de chat et même de chien. Il y a aussi la jeune employée d’une agence de voyage qui vient faire la sieste en écoutant de la musique sur sa console PSP directement envoyée d’Europe par un ami. Et puis, il y a Jean-Jacques, un gamin du voisinage qui se passionne pour les faits-divers du quartier. Il nous raconte les dernières agressions en date et l’assassinat d’un commerçant libanais, il y a un peu plus d’un mois dans une rue adjacente. A Lomé, les histoires de meurtres et d’attaques ne manquent pas. Pourtant, la punition régulièrement réservée aux criminels a de quoi dissuader de passer à l’acte. Au Togo, crier « au voleur ! » signifie parfois signer l’arrêt de mort du malfaiteur. On nous a en effet rapporté de nombreux récits à ce sujet. Aussi menu soit le larcin, le vol a semble t-il le pouvoir de déclencher la vindicte de la population du quartier. Selon les versions, le coupable, s’il est attrapé, est lynché ou brûlé vif sans autre forme de procès. Nous n’avons pas été les témoins de pareilles scènes mais nous avons tout de même veillé, lors de nos déplacements après 18 heures, à rester en vue des gardiens de nuit.


Taxi-brousse

Togo trip (1)
Le vélo est le moyen de locomotion le plus confortable, le plus sûr et le plus rapide. Vous n’en êtes pas convaincus ? Il suffit pourtant de mettre les pieds dans un taxi-brousse pour s’en persuader. Cette fois-ci, tout avait pourtant bien commencé…
Le taxi de ville qui nous conduit à la gare routière a repéré derrière lui un 15 places (fourgon vitré, en général de marque asiatique) qui part pour Kpalimé. Avec nos amis Emilie et Julien, nous avons décidé de nous mettre au vert dans cette petite ville au cœur des montagnes, à seulement 120 km de la capitale. Sans passer par la case « attente à la gare », nous embarquons donc, dans le mini-bus qui s’est arrêté spécialement pour nous sur le bas-côté. Et nous voilà partis pour les vertes collines de Kpalimé. Du moins le croit-on… Quelque chose cloche, pourtant. Nous ne sommes que six dans un véhicule qui en principe ne circule jamais avec moins de 15 personnes à bord (au bas mot). Et en effet, nous n’allons pas loin. Après environ 1 km, nous sommes stoppés par un homme visiblement en colère qui gesticule sur le trottoir. Il se précipite à la fenêtre de notre chauffeur et lui envoie une bordée d’insultes en éwé que la bienséance m’interdit de retranscrire ici. Après avoir lui aussi craché son venin, notre conducteur amorce un demi-tour et rejoint la gare en trombe. Ce n’est qu’en arrivant que nous comprenons ce qui vient de se passer. En évitant la « case gare », notre chauffeur a court-circuité le syndicat et sa taxe. Seulement voilà, le syndicat a des yeux partout. Le voilà obligé de mettre la main à la poche. Pire, ses pairs veulent lui infliger une punition. On vient nous chercher dans le bus et on nous demande de changer de véhicule. Nous obtempérons mais au moment de monter à bord du nouveau fourgon, notre ancien chauffeur, mis sur la touche, nous barre la route et nous prie de regagner son véhicule. Nous nous installons à mi-distance des deux camionnettes, avec armes et bagages, et attendons que l’orage se calme. Notre conducteur s’est fait de nouveaux ennemis et semble sur le point d’en venir aux mains. Finalement, tous les protagonistes de cette obscure affaire disparaissent derrière une cabane tandis qu’on vient nous demander d’aller acheter nos tickets au guichet. Nous payons et un groupe de jeunes hommes commence à installer nos sacs dans le second taxi. Nous patientons encore jusqu’à voir resurgir notre premier chauffeur qui retire les bagages du véhicule et nous invite à le suivre. Il a vraisemblablement réussi à obtenir ce qu’il voulait. Nous partons sur le champ. A nous, les monts de Kpalimé ! Du moins le croit-on…

Demi-tour

Photo Julien Delbois
Photo Julien Delbois
Dans les embouteillages qui paralysent la sortie de Lomé, le seul voyageur qui a embarqué avec nous, ouvre la fenêtre et se met à crier en rafales « Kpalimé, Kpalimé, Kpalimé ! ». En réalité, ce n’est pas un simple passager mais un jeune payé pour rabattre les clients. Une fois parvenus dans les faubourgs de Lomé, notre taxi s’arrête et le chauffeur relève son siège pour procéder à un réglage mécanique. A notre grande surprise, il ne remonte par sur son fauteuil mais laisse le volant à un type qui semblait nous attendre sur le bas-côté. Notre étonnement va grandissant quand nous voyons notre nouveau chauffeur rebrousser chemin et repartir vers Lomé. Nous l’interrogeons. « Nous allons chercher quelqu’un », nous explique t-il. S’il avait été franc, il aurait plutôt répondu : « Nous allons faire un deuxième passage dans les embouteillages pour essayer de faire rentrer 20 personnes dans ce foutu taxi-brousse qui pour l’instant est toujours vide ». Mais il se contente de rester évasif. Nous comprenons pourtant ce qui nous attend quand au bout d’une dizaine de kilomètres, il fait à nouveau demi-tour et que « l’homme haut-parleur » se met à nouveau à mitrailler « Kpalimé, Kpalimé, Kpalimé ! ».
Cette fois-ci, nous sommes plus chanceux. Le taxi est plein lorsque notre premier chauffeur reprend les commandes. Il est déjà plus de 18 heures et la nuit tombe. Enfin, nous quittons Lomé. Kpalimé sera à nous sous peu. Du moins le croit-on… Alors que le soleil disparaît à l’horizon, notre chauffeur tente tout naturellement d’allumer ses phares. Il tourne le levier une première fois, rien. Une deuxième fois, rien. Une troisième fois, toujours rien. Seules les veilleuses fonctionnent. Impossible de partir dans ces conditions. Prudent, il décide de faire demi-tour. Nous retournons à Lomé pour réparer. Dans le fourgon personne ne bronche. On accepte, un brin fataliste, le cours des choses. Certains laissent entendre que Dieu l’a voulu ainsi. Notre chauffeur, lui, accuse le syndicat qui « dès le départ nous a foutu la poisse ». Nous nous garons à proximité de l’enseigne du mécano. Un jeune homme vient s’enquérir du problème et se met à trifouiller tout un tas de fils à la lueur de torche. De temps en temps, un phare ou un clignotant s’allume puis s’éteint aussitôt. Il lui faudra une bonne demi-heure pour venir à bout de la panne. Nous repartons enfin. Il est 19h passées. Voilà plus de 3 heures que nous avons embarqué et nous n’avons toujours pas quitté Lomé ! Heureusement, le reste du voyage se passera sans incident. Mais nous aurons mis plus de 5 heures, au total, pour parcourir les 120 kilomètres qui nous séparaient de Kpalimé. A vélo, avec le vent dans le dos, nous aurions fait mieux !

Togo trip (1)

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1.Posté par PhiletTing le 27/09/2009 17:58
C'est toujours avec beaucoup de plaisir que nous parcourons les lignes des récits de vos aventures.
Nous vous espérons en pleine forme et que la route soit longue et belle de rencontres.
Bonne continuation et merci pour ces belles images.

Phil et Ting.

2.Posté par mottart luc le 08/10/2009 10:28
Votre récit se boit comme une Flag et comme je repars, seulement pour la 2ème fois, à Lomé ce mois de décembre, je crois que j'éviterai quand-même le projet d'utiliser un taxi-brousse pour aller voir Ganvié. Kpalimé est superbe mais j'ai eu la chance d'y être conduit en voiture privée! Vous faites manifestement partie des gens heureux et racontez votre voyage avec un grand talent et une bonne dose d'humour! Merci, à vous lire, on s'y croirait déjà.

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