On dit que pour qu’un pays avance, il faut savoir rassembler les foules…. C’est pas faux. Malgré de nombreux remous politiques, de problèmes de corruption, d’inégalités criantes, il y a ici, en Afrique de l’Ouest, un évenement important qui chaque soir, rassemble des milliers de téléspectateurs : la feuilleton télé !
Il est 20h, affamés nous rentrons dans un petit restaurant. Construction en tôles avec l’inscription « Ici tout est bon » à la peinture blanche tremblotante, ornementée d’un mickey attablé devant un plat de pâtes. A l’intérieur, deux chaises, un banc, un comptoir et surtout une télé. Dans cet espace exigu, se mélange le cadre moyen sorti du boulot, la ménagère avec son bébé accroché au dos, les jeunes adultes qui cherchent un blanc avec qui échanger un peu. Tous ont le regard rivé sur le petit écran.
« Attention Mmes et Mrs dans un instant ça va commencer, installez vous confortablement »
Ici quand c’est l’heure, c’est l’heure, la vie s’arrête.
Alors qu’Alphonse, le chef cuisto, se lance dans la préparation de notre plat de spaghettis- omelette, nous nous attablons derrière le comptoir pour ne pas louper les premières minutes du feuilleton… on sait jamais si on arrive pas à saisir l’intrigue …
Une seule règle pour apprécier le feuilleton : être bon public ! Et à partir de la tout s’enchaîne, répliques du feu de dieu, doublage (quand c’est necessaire) plus vrai que nature et actions à vous couper le souffle !!!
Que l’épisode soit africain ou mexicain, il remporte un grand succès de la part de ce public aguerri.
Notre assiette enfin prête est saluée par un salve d’applaudissements, non pas pour remercier de la vitesse de préparation mais plutôt parce que Angelica vient de démasquer Paolo (feuilleton mexicain) qui essayait de lui faire un sale coup avec l’aide de Maria et que tout le monde est satisfait qu’elle ne se soit pas laissée avoir. S’en suit alors tout une série de conseils adressés à la petite boite d’un air très convaincu de part de la jeune femme assise derrière moi :
- Voilà ! oui c’est bien. Ne te laisse pas avoir, elle c’est une mauvaise !
Je déguste mon assiette avec autant de plaisir que j’observe avec attention l’engouement que suscite l’épisode. Dans les familles, à la gare, dans la rue ou dans les restos à chaque fois, c’est la même chose. Une seule différence, quand le feuilleton est mexicain, on a le droit à des moyens financiers un peu plus conséquents et à des scènes un tout petit peu plus chaudes (enfin plutôt tièdes en fait !)
Et puis ça y est, tout d’un coup le générique de fin s’affiche (si c’est un feuilleton africain, il coupe généralement la replique du comédien) il faudra patienter jusqu’à demain et au prochain plat de pâtes pour en savoir plus….. dur dur !
Chacun retourne chez soi, dans la vrai vie, celle ou Alfred est au prise avec ses trois femmes qui se disputent le bout de pagne, où Léonie rêve un jour d’avoir son propre atelier de couture et de faire des créations distribuées dans le monde entier et où Mohamed se demande si demain il va pouvoir écouler sa cargaison de bassines en plastique.