Vis ma vie de tandemiste arrière

Une des questions qui revient le plus souvent pendant ce voyage, c’est « pourquoi être partis en tandem et pas en vélo classique » ?



Moi je voudrais repondre : « si on te demande tu diras que tu sais pas » mais Olivier prefere se lancer dans une grande tirade sur le bonheur d’être à deux, de vivre une aventure de couple et que cela nous permet de voir si vraiment on est fait l’un pour l’autre….
Ah ah ah, la bonne blague !
Je ne regrette pas d’avoir choisi le tandem pour cette expérience, bien au contraire, mais il faut voir la réalité en face, parfois on s’arrache les cheveux, on se déteste… tout simplement parce qu’on a personne d’autre à haïr dans le coin mais comme ils aiment à le dire ici « on est ensemble, no problem » !
Je m’explique….

Etre assis à l’arrière ça veut dire quoi ?

Vis ma vie de tandemiste arrière
Beaucoup s’imagine (et le plus souvent les hommes, bande de machos !) que le fait d’être assise à l’arrière me donne le droit de ma la couler douce. Les rigolos, j’ai toute ma part dans cette entreprise.
Imaginez d’abord que cela fait plus de 16 mois que j’observe attentivement le dos de mon compagnon. Je peux donc maintenant déclarer qu’il a une attitude scoliotique (ce qui explique sûrement que parfois j’ai l’impression qu’on penche), que les mouches prennent beaucoup de plaisirs à le parcourir en tout sens (j’en ai compté parfois plus de 20 au même moment), et que la prochaine fois, il faudra prendre deux t-shirts de couleurs VRAIMENT différentes histoire de renouveler mon champ de vision, parce qu’un gris anthracite et un gris bleu après moult lavages, franchement, on ne voit plus la différence !
Un autre point important, c’est d’avoir confiance en votre conducteur. Au départ, c’est un peu stressant de ne rien contrôler puisqu’en enfin de compte c’est lui qui décide de ralentir, de s’arrêter et de tourner. C’est donc entre ses petites mimines que repose mon auguste personne. Alors comme je ne peux rien faire, j’ai choisi de l’ouvrir, je rouspète, je crie et même parfois je hurle quand je trouve que ce foutu 15 tonnes est passé vraiment trop près. Et puis au bout de plusieurs mois, j’ai fini par prendre conscience que le fait d’extérioriser verbalement mes angoisses les plus profondes n’était pas du goût de tout le monde, surtout d’Olivier qui vivait cela comme une attaque personnelle. Maintenant j’essaye (j’ai bien dit j’essaye) de prendre sur moi et de faire de notre tandem un havre de paix. Tandem sweet tandem !

Il y a une vie après les vacances !

J’ai abandonné mon travail pour faire ce voyage mais au retour il va falloir penser à « regaver un peu le petit cochon qui commence à crier famine ». Quand je m’imagine à nouveau au boulot, parfois je m’inquiète, je me demande si je vais trouver les mots, la conduite à tenir, me rappeler de tous les codes, les dispositifs et plein d’autres trucs sympas. Et puis parfois je me dis que, sans m’en rendre compte, je continue l’entraînement. Il faut savoir que je suis assistante sociale. Je vous propose à présent * de reprendre point par point les trois mots clés de l’assistante sociale :
Accompagner. Alors là, on peut pas faire mieux que d’accompagner quand on passe huit heures par jour sur un tandem et 24 heures ensemble, à traverser le continent africain pour le meilleur et pour le pire (que toutes les mauvaises langues stoppent tout de suite leurs ardeurs je ne suis pas en train de vous faire une annonce prénuptiale !)
Orienter. Sur un tandem, le travail se répartit toujours en fonction des compétences de chacun et on dira ce qu’on voudra, mais ici, le GPS c’est moi. Et oui, j’ai une carte dans la tête, un bon sens de l’orientation et puis surtout, j’ai l’avantage d’avoir les mains libres quand il s’agit de consulter un plan tout en roulant et puis de toute façon j’ai toujours raison, c’est comme ça j’y peut rien !!!
Soutenir. Ah, un bien grand mot qui englobe beaucoup de choses en travail social. Comme je vous le disais, on est ensemble pour le meilleur et pour le pire. Si nos photos vous montrent le meilleur de notre voyage, il faut aussi dire que parfois c’est un peu moins rose. Quand ça grimpe, quand le vélo fait des siennes, quand le temps n’est pas de la partie, quand on est fatigué physiquement mais aussi moralement, quand on se sent un peu oppressé par le monde qui nous entoure…. Oui, là plus que jamais, la notion de soutien prend tout son sens, alors nous tâchons de ne pas oublier que si nous sommes là, c’est uniquement parce qu’on l’a voulu, que l’autre ne doit pas nous servir d’exécutoire et que, parce qu’il ne va pas bien, c’est à moi d’assurer parce que je sais qu’il fait exactement de même quand la situation est inversée.

* expression favorite des profs qui consiste à vous faire croire que vous avez le choix alors que, en réalité, pas du tout ! Et oui maintenant vous savez qu’en plus d’avoir un problème avec mes poils, j’ai aussi un problème avec l’éducation nationale !

Et puis il y a le quotidien...

Photo de George Brunt
Photo de George Brunt
Une bonne partie de notre temps se passe à saluer le monde qui nous entoure. Forcément, il faut avouer qu’on est loin de passer inaperçu avec notre attelage et du coup tout le monde se précipite pour nous dire bonjour. Parfois même, alors que nous n’apercevons pas ou peu la personne, ce qui nous permet de rendre notre salut à un mur, une haie d’arbres ou une petit point tout au fond d’un champ.
Le petit problème du salut c’est qu’Olivier n’a pas saisi que ça faisait partie de mes attributions. C’est moi la fille cachée de la reine d’Angleterre (pour mon couvre chef ridicule) et du pape (pour le coté papamobile), c’est à moi d’agiter la main élégamment et sophistiquement. Sur le papier bien sûr, en réalité j’ai plutôt l’air d’un mineur avec toute la graisse de vélo que je m’étale régulièrement sur le visage sans m’en apercevoir, un peu clown sur les bords à cause de mon coup de soleil permanent sur le nez, et un peu débile car en train de souffler comme un cachalot.
Bref, je ne suis pas en train d’essayer de vous dégoûter de ma personne, je voudrais simplement que quelqu’un se charge d’expliquer à Olivier que ce n’est pas à lui de faire coucou, il doit rester concentré et maintenir l’équilibre de notre monture….. sinon cette histoire va se finir par un vieux remake du pont de l’Alma !
Parfois, à force d’être salué par tous, on se prend pour le centre du monde. Il m’arrive alors de répondre à un salut qui ne m’était pas destiné mais qui s’adressait à l’homme en train de biner son champ de l’autre côté de la route. L’air c.. ! Enfin, je survis quand même, c’est bien, ça permet de remettre les idées en place et on arrête de se la jouer star.

Conclusion : 1 + 1 = un tandem. Je ne serais jamais arrivée jusqu’ici sans « celui qui pédale à l’avant », pour son coté physique et Olivier n’y serait jamais arrivé sans « celle qui pédale à l’arrière », pour son coté mental. C’est donc cela qui fait la force des tandemistes, qu’on se le dise !



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1.Posté par hadrien le 29/05/2010 16:17
Je me propose à présent de ne faire aucun commentaire !

2.Posté par Gi DeR le 04/06/2010 22:37
Et moi je suis surprise que tu laisses tes copines sans "voix" ...

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